ROG School : Interview Hadrien « Thud » NOCI, un circuit supplémentaire pour percer dans l’e-sport

de | 17 janvier 2018

Si vous hésitez encore à vous lancer, si vous vous posez encore des questions sur la ROG School ou si vous voulez juste en savoir plus, découvrez l’interview de Hadrien NOCI, directeur de la ROG School.

E-sport, ROG School, Hadrien NOCI, Thud,Asus Republic of Gamer, Intel

L’e-sport est encore très difficile d’accès. Le ladder a un taux de conversion extrêmement faible et il est très difficile de percer par la voie classique.

Bonjour, je suis Nguyen Joseph et bienvenue dans cette interview que vous retrouverez sur le site centres-d’intérêt-jeux-video.com. Je suis avec Hadrien NOCI, que les joueurs connaissent souvent sous le pseudo « Thud », directeur de la ROG School. Bonjour Hadrien.
Salut !

Donc, Asus avait déjà un projet qui s’appelait ROG School en 2015-2016, et là on a ROG School 2017 qui est une version vraiment différente, on parle même de la première promotion. D’où est-ce qu’elle est venue cette idée de nouvelle version ? (00:16)
Alors, pour être honnête, moi je ne connaissais pas trop les versions précédentes. Les gens chez Asus croyaient beaucoup à l’idée de centres de formation dans l’e-sport. Ils se sont dit avec raison que, peut-être que les versions précédentes étaient des semis-succès ou des semis-échecs, mais ils se sont dit pour 2017 qu’en s’investissant plus, c’est-à-dire en prenant une maison, en mettant plus de ressources, en mettant de vrais moyens, on pouvait amener 5 joueurs, disons semi-pro qui ont un très bon niveau individuel, mais qui n’ont jamais joué en équipe professionnelle et qui ne sont pas payés pour le faire. On pouvait les porter et leur trouver un emploi à la fin de l’année sur un an. Et du coup, ils sont allés chercher la bonne personne pour le faire et ils m’ont rencontré, ils m’ont présenté le projet, j’ai trouvé ça super et voilà.

Donc, tu dis que le projet dure un an, c’est ça ? (01:31)
Le projet va durer plus longtemps, c’est-à-dire qu’en 2018 le projet continue. Chaque promotion dure un an. Il y a un processus de sélection au début de l’année, on fait un tournoi de sélection pour identifier les meilleurs candidats et après des phases d’entretiens individuels, collectifs, etc… pour identifier les 5 joueurs, 1 à chaque poste, les plus prometteurs sur League of Legends en France. C’est des joueurs qui ne sont pas pros, mais qui veulent le devenir. On les identifie en début d’année, fin février ils intègrent la maison, on leur présente le staff, moi, Mephisto, tous les coachs qui vont les accompagner, l’infrastructure technique qui est dans la maison, toutes les machines, le réseau etc. Toute son année de février à décembre, on les entraîne dans le jeu évidemment, en communication entre eux, en dehors du jeu, leur communication sur les réseaux sociaux, leur connaissance du hardware un petit peu, sur toute une série d’éléments et ça dure jusqu’en décembre.

Okay, donc la ROG School a une gaming house, est-ce que tu pourrais me la décrire un peu ? (02:52)
Ouais, en gros une gaming house… alors c’est vrai qu’en France, je dirais qu’il y en a trois ou quatre actuellement. Une gaming house, c’est une maison, en général une grande maison, qui a vocation à héberger une ou plusieurs équipes de jeux vidéo soit professionnelles, soit dans notre cas Asus ROG School, dans ce cas-là c’est un centre de formation. Donc à héberger des joueurs et du staff et c’est une maison qui comprend en général une « training room », c’est-à-dire une salle que tu ne trouveras pas dans une autre maison, c’est pas une salle classique, c’est une salle où il y a plein d’ordinateurs, en général une salle qui est très lumineuse et qui est tout équipée pour que les joueurs puissent s’entraîner plusieurs heures d’affilée et devenir meilleurs individuellement et collectivement à un jeu donné, dans le cas de la ROG School, c’est League of Legends. Dans notre cas, c’est une maison de 300 m² situé en région parisienne, donc très très grande, le jardin fait 2000 m², donc il y a vraiment une impression d’espace dans cette maison. C’est ce que j’aime beaucoup parce que les occupants ne se sentent pas les uns sur les autres. Il y a beaucoup de salles et il y a un jardin gigantesque. C’est une maison très agréable, très belle, avec une décoration… des poutres un peu chalet de montagne, moi j’aime beaucoup.

J’avoue, je pense que d’ailleurs c’est important, parce que 5 personnes dans une même maison pendant pratiquement toute l’année, je pense que ça peut créer des tensions. (04:36)
Exactement, c’est un projet très humain en fait. C’est facile de voir que l’aspect compétitif, de considérer les gens comme des machines en fait. Ils se lèvent, ils vont s’entraîner, on les nourrit de ça, on les nourrit de ça, ils retournent jouer. En fait, les gens ce n’est pas ça, y a un côté psychologie, personnalité, psychologie de groupe qui est très important et notamment je dirai le respect de l’intimité par exemple. Les gens, il faut qu’ils aient leur propre jardin secret, il faut que, de temps en temps, ils puissent être seuls et je pense que cela concerne tout le monde honnêtement, pas que les gamers. Pour moi ça concerne tout le monde et du coup, moi en tant que manager, je fais particulièrement attention au bien-être des occupants. Pas juste à leur entraînement et à ce qui pourrait sembler basique, mais à leur bien-être, aux activités, est-ce qu’ils se sentent confortables, à souvent échanger avec eux, est-ce qu’ils s’entendent bien entre eux, est-ce qu’ils voient leur famille suffisamment. Tu vois ? Vraiment, à leur bien-être.

D’accord, donc c’est-à-dire que malgré l’entraînement etc., on leur laisse quand même du temps libre. (06:01)
Ah ! oui bien sûr. Ils ont beaucoup de temps libre, c’est indispensable. Pour moi, ce qui pourrait se passer de pire, c’est que quelqu’un craque dans la maison. Il craque parce qu’on l’a trop fait travailler. J’ai déjà vu pas mal de gens craquer, pas des joueurs pros, c’était dans le milieu du travail. Pour moi, c’est pas juste du travail en fait, le temps libre et les activités annexes, si elles sont suffisantes et présentes en bonne proportion, elles vont améliorer les performances compétitives du joueur et de l’équipe. Pour moi, c’est partie intégrante de leur cursus en fait. Du coup, par exemple, pour être très concret, il est prévu qu’ils aillent voir leur famille ou leurs amis au moins une fois par mois. Ils ont entre un et deux jours de full repos dans la semaine où ils font ce qu’ils veulent. Ils peuvent sortir, ils peuvent aller à Paris, ils peuvent… vraiment ils font ce qu’ils veulent. Le nombre d’heures d’étude (entraînement) dans la journée est grand maximum de 7 h par jour, mais certains jours, c’est 5 ou 6. Ils ne sont pas juste des machines à bosser, y a un vrai respect de la détente, faire autre chose, s’aérer l’esprit, voir d’autres gens, penser à autre chose, voilà.

D’accord, donc là je suis un petit surpris parce que, on dirait qu’il y a pas mal de place pour le temps libre et pourtant c’est des joueurs qui vont aller jusqu’à signer un contrat à la fin. Comment est-ce que l’on arrive à un tel résultat ? (07:46)
Je vais modérer ce que j’ai dit précédemment. On va dire que c’est par périodes. Par exemple en fin d’année en décembre, c’est entre guillemets la période d’examen pour un joueur pro, c’est-à-dire que c’est la période des transferts où ils vont faire des tests, ils vont être testés dans des équipes professionnelles, en vue de recrutements en fait. Il y a des recrutements où, par exemple, tu as 5 joueurs, 5 candidats à un poste et à l’arrivée il y en a un seul qui est pris et ils font des matchs d’entraînement sur Internet. Du coup, en décembre ils bossent plus. Genre, en décembre, la cadence est plus soutenue. Comme un étudiant classique en France qui a des périodes de rush et des périodes plus calmes. Nous, on pense qu’avec ce rythme, on est déjà, alors on est à ma connaissance le seul centre de formation en Europe, comparativement à une équipe professionnelle, on est sur un rythme similaire honnêtement. C’est-à-dire qu’aujourd’hui il ne faut pas s’imaginer que les équipes pros elles s’entraînent 14 heures par jour, 6 jours par semaine, c’est faux. Il y en a peut-être une ou deux en Corée qui ont ce rythme et je pense que c’est une très mauvaise chose, mais la majorité des équipes, sont beaucoup plus raisonnables. Elles s’entraînent 6 heures. Déjà 6 heures par jour c’est… il y a des équipes qui sont en moyenne à 3 ou 4 heures, mais si l’entraînement est efficace, c’est pas un problème je pense. En tout cas… peut-être que dans 10 ans ça va changer, attention. Peut-être que dans 5 ans ou 10 ans, le niveau de professionnalisation et de concurrence des équipes entre elles, fera qu’il sera nécessaire de s’entraîner 10 heures, 12 heures par jour, attention, c’est possible. Mais pour aujourd’hui, si tu t’entraînes bien et efficacement, avec le bon coach, le bon matériel, 6 heures par jour, 5 à 6 jours par semaine, ça fait de toi un très bon joueur et si tu as du talent à la base bien sûr.

Bien sûr, d’ailleurs je vais revenir sur ces deux points-là. Je vais commencer par le matériel, dans une gaming house c’est pas rare de voir des PC qui rament etc, est-ce qu’Asus vous couvre de ce côté-là ? (10:15)
Pour une équipe pro ou semi-pro en France, le matériel c’est une contrainte extrêmement chiante. Honnêtement, n’importe qui qui a déjà fait une LAN ou qui a déjà été semi-pro sait que les PCs marchent pas, Internet marche pas, y a tout le temps des problèmes. T’as pas envie… en fait quand tu viens faire un boot camp, c’est-à-dire quand tu viens t’entraîner une semaine avec ta team dans une salle par exemple, t’as pas envie de t’occuper du matériel. Genre t’es venu pour t’entraîner. T’es venu pour t’améliorer individuellement, collectivement et t’as pas envie de t’occuper du matériel. Malheureusement, le matériel marche pas parce qu’il est de mauvaise qualité, parce que les PCs sont pas remis à neuf, formatés etc. Du coup, avec Asus Republic of Gamers et Intel en fait, c’est là l’intérêt je pense de, disons de s’associer avec ce genre de marques, on garantit que le matériel est toujours optimal pour les joueurs et que cette contrainte de matériel qui ne fonctionne pas, n’en est jamais une pour l’Asus ROG School. C’est comme si tu voulais t’entraîner au foot et franchement, le ballon est dégonflé, les marques s’effacent, tu ne sais plus où est le point de penalty, c’est chiant quoi, ça pénalise ton entraînement et voilà.

Okay, donc ça c’était pour le matériel. Tu m’as dit du coup qu’ils avaient un entraînement efficace, donc je pense que c’est Mephisto c’est ça qui s’occupe de leur coaching ? (12:09)
Oui, Mephisto c’est le coach disons stratégique, le main coach et le coach stratégique de la ROG School. Son rôle, c’est leur bosse quoi, son rôle c’est de planifier les entraînements, d’identifier les forces et les faiblesses de chaque joueur, de les faire travailler sur leurs faiblesses, de planifier des matchs amicaux, on appelle ça des scrims avec d’autres équipes compétitives qui ont le meilleur niveau possible. Plus l’équipe joue contre une équipe forte, plus on a de chances d’apprendre. En fait, un match amical, honnêtement c’est même pas fait pour gagner, c’est fait pour progresser. En général en match amical tu préfères perdre, parce que, quand tu gagnes, tu apprends beaucoup moins en fait. C’est assez spécial, en tout cas nous, c’est comme ça qu’on voit les choses. Donc, son rôle, c’est de définir, en fonction des forces et des faiblesses de l’équipe, par exemple il y a 5 postes à League of Legends, en général un joueur à un poste donné, ne va pas jouer tous les champions de ce poste. Par exemple, on va dire qu’actuellement il y a, je sais pas moi, 15 supports ou 12 supports qui sont viables, ben si ton support il est très bon, il en joue 4 parfaitement et il peut en jouer 3 autres très bien et ça, c’est un très bon support. Donc au total il en joue 7 sur les 12. En gros, le rôle de Mephisto, c’est en fonction de sa matière première qui sont les joueurs, c’est de concevoir des stratégies cohérentes et logiques et de les enseigner aux joueurs. Parce que pendant les games, le coach est coupé, il n’a plus le droit de parler aux joueurs en fait pendant les games (compétitives), du coup ,c’est là que les enseignements du coach ressortent s’ils ont été bien faits.

Bah là tu disais justement s’ils étaient bien faits. Est-ce qu’il y a eu des soucis avec des joueurs, enfin moi, personnellement je suis, à mes heures perdues coach et quelques fois j’ai beaucoup de difficultés à atteindre les joueurs. Est-ce que les joueurs de cette promotion, eux au contraire, ils écoutaient plus le coach ou comment est-ce que ça se passait ? (14:24)
Alors c’est une très bonne question, c’était une de mes craintes, que les joueurs n’écoutent pas le coach. En général, les joueurs tu les prends, ils sont déjà très très hauts dans le classement individuel. En général, à 20 ans, ça s’accompagne d’un ego un peu surdéveloppé. Un coach…, déjà un, les bons coachs sont rares, de deux, le classement d’un coach n’est jamais aussi bon que celui du joueur. Mais parce que le coach, souvent mécaniquement il est moins fort que le joueur par exemple, en gros avec ses mains il est moins rapide, moins efficace, moins précis, moins coordonné. Mais il va apporter une vision globale, une vision du jeu, une compréhension du jeu, s’il est bon. Et cette année, j’ai eu aucun souci d’autorité de Mephisto donc, vraiment je suis impressionné. A chaque fois que Mephisto parlait, individuellement ou collectivement à toute l’équipe d’un point stratégique, tout le monde l’écoutait religieusement et appliquait ce qu’il disait et après il peut se tromper tu vois. Mais un coach, si tu te trompes 10% du temps, ça va tu vois, y a un taux acceptable. Après si tu te trompes 50% du temps, bah là c’est plus chiant. Il se trompe très rarement. Donc en gros, non, cette année j’ai pas eu de problèmes d’autorité du coach et de ce qu’il disait, parce que je pense que ce qu’il dit est très juste.

D’accord. Moi j’imagine que pour que des joueurs à la fin signent un contrat, c’est pas qu’une histoire de niveau de jeu quoi. Qu’est-ce que vous faites à la ROG School qui va venir entre guillemets donner de la valeur à vos joueurs ? (16:17)
Alors effectivement c’est pas qu’une histoire de niveau de jeu. Je pense qu’on en est au début de l’e-sport et de la scène League of Legends et je pense que comme dans les autres sports, ou e-sports, plus les années vont avancer et plus le niveau va augmenter. Aujourd’hui, le niveau d’un joueur, c’est important pour être recruté dans une équipe, mais tu as aussi son réseau. C’est bête hein, mais il n’y a pas de circuit de transfert. Le marché des transferts n’est pas aussi développé qu’au foot par exemple. Les agents ne se connaissent pas, les joueurs ne se connaissent pas. Si tu veux contacter une équipe, dans beaucoup cas de figure tu ne sais pas comment t’y prendre, qui tu contactes. Le mec te connaît pas donc il ne va pas forcément te répondre, c’est pas fluide en fait. Maintenant je pense que dans 5 ans, ça sera beaucoup plus fluide et normalement plus le marché des transferts sera développé, plus c’est le niveau du joueur qui va compter, ce qui est normal. Parce que normalement tu prends un joueur parce qu’il est bon à ce poste individuellement et collectivement. Aujourd’hui, le réseau joue énormément, c’est aussi ce que l’on apporte aux joueurs, mon réseau et celui de Mephisto, nous on connaît certains des coachs européens et mondiaux et on est en mesure de leur faire bénéficier de ce réseau. Donc, on parle de nos joueurs aux gens qu’on connaît et on organise des rencontres en fait. Ce côté réseau est vraiment très important je dirais. Après, ce réseau se traduit aussi, dans nos discussions avec tout ce petit monde, mais également dans les matchs amicaux, les scrims. Puisque c’est grâce à ce réseau que l’on fait des scrims et le scrim, c’est un formidable outil de recrutement. A la base c’est un match amical, mais quand tu fais une scrim contre une très grosse équipe et que tu éclates cette équipe, et que toi t’es un centre de formation français, l’Asus ROG School et qu’eux c’est la meilleure équipe de Russie par exemple, bien à la fin du match, le coach, si tu t’entends bien avec lui, le coach de l’équipe en face vient te voir, et il te dit « oui, il est disponible ce joueur ? », en parlant de l’un de tes joueurs et du coup, tu peux générer un transfert de cette façon-là. Je pense que les scrims aussi sont un outil pour donner de la valeur aux joueurs de la ROG School.

J’avoue ouais. Bah, tu vois, je pensais que la ROG School c’était avant tout que du niveau de jeu, mais là du coup il y a cet aspect réseau que, pour moi, je n’ai pas remarqué et que je dirais même que j’ai totalement raté et que c’est vraiment excellent. (19:25)
En fait, je pense que de l’extérieur, ça ne se voit pas. Y a plein de choses qui ne se voient pas de l’extérieur, genre on s’imagine que c’est que de l’entraînement, c’est que du niveau, mais nous, de l’intérieur, Mephisto et moi, c’est beaucoup plus que ça. C’est de l’humain avec les gens, c’est bouffer avec eux, discuter avec eux et c’est énormément de réseau. Présenter des gens, est-ce que le coach de l’équipe que tu connais s’entend bien avec le joueur, est-ce qu’ils ont des tempéraments opposés, y’a beaucoup d’humain en fait là-dedans.

Donc, tu disais qu’ils avaient un classement assez élevé, donc mécaniquement je pense qu’ils sont corrects. Qu’est-ce que vous leur apprenez de plus à la ROG School qui fait la différence ? (20:21)
Alors, les mécaniques, c’est un des premiers critères de recrutement, la raison, c’est que, justement comme tu le dis, c’est difficile de faire progresser quelqu’un mécaniquement. En général, s’il est lent, s’il n’est pas assez rapide, s’il n’est pas assez précis, si ses doigts tremblent, c’est dur de changer cette personne. Je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est dur (ça prend du temps). Nous, on s’arrange pour prendre des gens qui, mécaniquement, sont déjà très forts. Maintenant, on va les faire progresser dans d’autres domaines, qu’en général ils n’ont pas. Par exemple, on appelle ça la macro, donc c’est la stratégie globale d’une game. En général, en début de partie, bon je caricature hein, mais en général en début de partie on a une stratégie de « lane », c’est-à-dire que l’écosystème dans lequel le joueur évolue au début c’est une « lane ». Il y a des creeps, il y a un adversaire en face, il faut prendre l’avantage sur son adversaire et il faut « last hit » les creeps en gardant un œil sur la jungle. En gros, disons que c’est une équation assez simple. A partir de, je dirais 15 minutes ou 18 minutes, la game devient plus globale, le déplacement sur la carte, les « lanes » ont beaucoup moins d’importance en fait. Ca devient plus une guerre des tranchées où chacun est mobile sur la carte, à ce moment-là, il faut leur enseigner des stratégies, qui sont vraiment passionnantes, des stratégies d’équipe. La position sur la carte, le « map control », la vision, car c’est ce qui permet d’élaborer une stratégie fonctionnelle. Donc, on leur apprend la macro, la stratégie globale qu’ils n’ont pas ou peu. On leur apprend aussi la communication ingame entre eux. Alors, ça c’est assez surprenant, mais League of Legends c’est un jeu très rapide où il faut faire passer un message en un mot ou en deux mots. Parce qu’il faut se concentrer sur beaucoup de choses, il faut écouter ce que tes alliés te disent, t’es en train de regarder ta lane en général, sauf si tu es le « jungler », t’es en train de « last hit » les creeps, t’es en train d’agresser ton opposant, t’es en train de surveiller la jungle pour savoir si t’es en train de te faire « gank » ou pas, donc vraiment, intellectuellement il y a plusieurs paramètres à prendre en compte à un instant donné. Et en plus, tu écoutes le vocal, au cas où tes alliés te donnent des infos et tu dois comprendre si les infos qui te donnent te concernent, concernent quelqu’un d’autre, auquel cas, bon t’es pas obligé de les entendre, bon voilà. Donc en gros, on leur apprend à communiquer efficacement et c’est limite l’apprentissage d’un nouveau langage. Donc ça c’est assez surprenant, mais la communication c’est un apprentissage à part entière.

Là, j’ai l’impression qu’en gros, l’Asus ROG School, c’est on apporte un maximum de valeurs à ses joueurs, pour les envoyer vers des équipes professionnelles, c’est bien ça ? (23:42)
Ouais, ouais, bah écoute c’est le but. Pour moi, notre indicateur de succès c’est combien de joueurs ont intégré des équipes professionnelles. Notre taux de réussite quoi. Nous c’est vraiment, en interne, c’est comme ça qu’on juge le projet. Est-ce qu’on a réussi à lancer 5 joueurs, 6 joueurs, 7 joueurs cette année ? Je trouve ça très vertueux en fait, ce que j’aime bien dans ce projet, c’est que, ma réussite à moi et la réussite de Mephisto, c’est aussi la réussite des joueurs, on a le même intérêt. Ca, je trouve que… en général quand tu as un projet où tout le monde a le même intérêt, et bien ça donne quelque chose qui fonctionne en fait. Où les gens ne se mettent pas des bâtons dans les roues, parce que moi je veux ci, l’autre il veut ça. Là c’est vraiment de la coopération et là je trouve ça cool. En fait Asus Republic of Gamer, je pense qu’ils ont été très intelligents là-dessus, ils se sont rendu compte que pour eux c’est un projet très valorisant puisque quelque part, Asus permet à des jeunes de réaliser leur rêve. Une autre façon de présenter ce projet c’est ça hein. C’est une façon que je trouve très intelligente de parler des produits Asus, bien évidemment de temps en temps, Asus a des produits partout dans la maison et on en est très content, on fait des photos et de temps en temps, peut-être quelques fois dans l’année, l’équipe va faire une animation dans un magasin pour des produits Asus, mais c’est jamais en opposition avec l’entraînement de l’équipe. Je trouve que c’est une façon intelligente de faire de la publicité pour Asus et ils l’ont très bien compris et je trouve ça super.

Pour revenir sur un point que j’ai oublié malheureusement, tu m’as dit que la mécanique, s’ils ne l’ont pas, voilà malheureusement ils ne sont pas pris. Est-ce qu’il y a d’autres choses qui sont éliminatoires pour intégrer la ROG School par exemple ? (25:50)
Enfin, la mécanique, je ne dis pas qu’ils ne sont pas pris, mais c’est vraiment un critère de premier choix. Mais s’ils sont excellents dans tous les autres domaines, on va quand même prendre la personne, je pense, mais en étant conscient que notre travail va être plus difficile avec lui. Ensuite y a un autre élément qui est éliminatoire, c’est l’ego. Alors, il y a plusieurs façons de le décrire, c’est soi l’ego soit la résistance à la frustration, soit la remise en question. Tout ça pour moi, c’est des facettes d’un même problème. Quand tu es compétiteur, tu vas gagner et tu vas perdre. Il n’y a pas de compétiteurs qui gagnent tous ses matchs, ça n’existe pas. Et si, la personne, le joueur, le candidat, n’arrive pas à accepter la défaite, à faire de la défaite quelque chose de positif pour lui et pour le groupe, et bien c’est un problème. Accepter la défaite c’est se dire : « voilà j’ai perdu, mais j’ai compris, j’ai appris que ça je l’ai mal fait, ça je l’ai bien fait ». Relever ses coéquipiers qui sont déprimés, leur dire : « c’est pas grave, ça tu l’as bien fait, ça tu l’as mal fait, on va y arriver », avoir un comportement constructif et positif et pas toxique, aussi pour lui. Il y a des gens qui sont toxiques individuellement, c’est-à-dire qu’ils ne vont pas cracher sur les autres, mais ils vont être toxiques avec eux-mêmes en fait, ça aussi c’est un problème. Nous on veut des gens qui se remettent en question, pour moi c’est le premier prérequis à la progression individuelle en fait, la remise en question et l’acceptation de la défaite. Donc c’est clair que si on rencontre des gens qui ont un peu trop d’ego et qui n’acceptent pas qu’on leur fasse des remarques, les critiques, bah en général, c’est des gens avec qui ça va être très dur de travailler.

Bah clairement je te rejoins, ne serait-ce que sur la remise en question, c’est quelque chose de capitale et qui est extrêmement difficile à faire. Moi justement je me demande, avec ces heures d’entraînement, ces coachs qui te pointent tes erreurs, est-ce qu’il n’y a pas un moment où les joueurs ils en ont marre de League of Legends ? (28:17)
C’est vrai qu’ils vont en bouffer et régulièrement ils auront des gens pour leur dire « ça tu l’as mal fait, tu l’as mal fait, tu l’as mal fait ». Donc faut être solide dans sa tête, il faut être accroché, il faut être amoureux de League of Legends. Si t’es pas amoureux du jeu, à un moment, ça va te souler, parce que tu joues beaucoup, on te critique. Bon après, nous on est des êtres humains avec Mephisto, on ne critique pas les gens gratuitement et on les encourage aussi. Mais pour les faire progresser il faut les critiquer. Si la personne n’est pas amoureuse du jeu par exemple, t’en as qui veulent être joueur pro, mais que ce soit League of Legends ou un autre jeu, ils s’en foutent, t’en as ils veulent être sous le feu des projecteurs par exemple. Tout le monde n’a pas la même motivation, et nous on essaye de prendre les gens qui sont amoureux de League of Legends quoi, et qui vont… En général un bon indicateur, c’est : tu fais les entraînements, donc tu joues déjà 5 ou 6 heures à League of Legends, et le soir on te dit temps libre, et à ce moment-là, si le mec à un moment de la soirée, il regarde un patch note, il regarde une vidéo de League of Legends, ou alors il se fait une game avec sa copine, voilà ça veut dire qu’il est bien accroché au jeu. Même sur son loisir, il joue un peu, en général c’est un bon indicateur.

Donc pour revenir sur la ROG School, il y a toi comme directeur, Mephisto comme coach, est-ce qu’il y a d’autres intervenants dans le cursus ? (30:17)
Ouais, il y a Mascarade qui est un manager et qui m’aide sur le projet. Il y a un community manager, toutes ces personnes ne sont pas full time, mais ils interviennent sur le projet. On a un graphiste, un videomaker, un coach mental pour les joueurs, un coach mental d’équipe, qui intervient surtout en début d’année et disons qu’il va leur apprendre à s’ouvrir aux autres, se présenter aux autres, quelque chose de collectif et qui apporte beaucoup aux joueurs. On a un coach individuel, qui cette fois va plus être un confident auprès des joueurs et leur parler, essayer de leur faire parler de leur bien-être, est-ce qu’ils ont des problèmes, des interrogations. On a de temps en temps un ostéopathe qui vient pour prendre soin des joueurs, en particulier de leurs poignées et de leur dos.

C’est déjà vraiment pas mal. Moi je me demandais si tu aimerais faire des tests ? Des choses qui pourraient améliorer les performances des joueurs ? (31:52)
Effectivement, je suis convaincu que, même pour un joueur de jeux vidéo, disons que c’est moins physique que de courir sur un terrain de foot par exemple, moi je suis convaincu que l’alimentation, ça a un énorme impact sur leurs performances. Enfin, d’une part sur leurs performances, mais aussi sur leur santé de façon générale. Parce que, bah je veux dire, j’espère qu’ils vont vivre longtemps et qu’ils ne vont pas avoir de problèmes de santé quoi. Donc, on fait attention à l’alimentation, après pour être honnête, c’est un point que j’aimerais plus développer les années qui viennent, disons que c’est cher. C’est cher d’avoir un cuisinier full-time, un nutritionniste, d’acheter toujours des produits frais, c’est cher quoi, enfin en France en tout cas c’est cher. Mais bon, moi en tout cas j’essaye de faire attention à ça, je pense que l’on est l’un des projets qui fait le plus attention à l’alimentation. Après, c’est clair que l’on a encore des progrès à faire, mais on fait attention.

Après, une petite question un peu plus ouverte, qu’est-ce que c’est le but à long terme de la ROG School ? Parce que là pour la deuxième promotion, je pense que vous prenez à peu près le même nombre de joueurs. Pourquoi déjà prendre le même nombre de joueurs, quelle est la stratégie derrière ? (33:50)
En gros, cette année, on prend le même nombre de joueurs, oui, mais deux mois plus tôt. En gros, l’an dernier on avait commencé fin avril. Là on va commencer fin février. Donc en gros, on prend le même nombre de joueurs, mais on rajoute deux mois. Ca va demander du travail de rajouter les deux mois. Après, si tu veux, on aimerait faire grossir le projet, on y travaille, ça se fait pas n’importe comment. Pour l’instant, on a un projet de petite envergure, de 5, 6, 7 élèves dans l’année, mais qui fonctionne. Où les 7 élus, bah y en a beaucoup qui deviennent joueurs pros tu vois. Parce que si je passe à 50, et que sur les 50, y en a 9 qui trouvent un emploi, bah le taux de réussite, c’est plus du tout le même quoi. Donc moi, j’aimerais bien que ce projet grossisse, mais j’ai envie de le faire correctement et y a plusieurs questions à se poser : est-ce que le marché est assez gros ? est-ce qu’il y a suffisamment d’équipes ? Parce que, imaginons qu’il y ait assez d’équipes internationales pour me prendre 5 ou 6 joueurs par an, est-ce qu’il y en a assez pour m’en prendre 50 ? Peut-être oui, peut-être non, il faut qu’il y ait un marché, c’est l’offre et la demande. Moi j’offre 50, est-ce qu’il y a une demande ? Parce que si j’offre plus que la demande, à l’arrivée, je vends du vent aux joueurs, ils n’ont pas de perspectives en fait, sur les 50. Donc voilà, est-ce qu’il y a le marché ? Est-ce que j’ai le financement aussi ? Parce que 50 c’est plus cher que 5. Est-ce que j’ai les ressources nécessaires ? Il me faut des coachs compétents, il faut trouver les bonnes personnes, donc ça m’intéresserait de faire grossir le projet, mais c’est un peu trop tôt pour ça pour l’instant.

Bien sûr, comme tu as dit c’est, si t’en as 50 pour qu’il y en ait 5 qui sortent ça ne sert à rien. Mais déjà, pour une première promotion, 4 joueurs sur 7 c’est énorme, je trouve. (36:17)
Après je pense aussi que, bon, no offense, mais on, c’est pas un diplôme que je leur donne. C’est un pied, un pas dans le monde du travail de joueur pro quoi. A mes yeux, ça a plus de valeurs qu’un diplôme. Parce que je pourrais le faire à 50 et filer 50 diplômes hein, et franchement ce serait pas très difficile, mais pour que le projet soit mercantile, est-ce que le but c’est de vendre des diplômes ? ou est-ce que le but c’est de placer des joueurs ? Pour moi, alors attention, y a des écoles qui donnent des diplômes et qui le font sérieusement, mais, moi je pense qu’il ne faut pas se tromper d’objectif quoi.

Surtout que c’est du compétitif donc c’est pas, la concurrence est rude, même si pour l’instant on est au début. D’ailleurs, je voulais savoir, est-ce qu’il y a selon toi, une espèce de limite quand on sort de la ROG School, ou est-ce qu’on est directement dans le top du… Je vais reformuler la question, on prend en gros 5 joueurs, on les fait jouer ensemble pendant un peu moins d’un an, quand ils ressortent, quel niveau ils ont par rapport à la scène française par exemple ? (37:12)
Nous, on prend 5 joueurs prometteurs en France qui n’ont pas encore d’équipe et qui n’ont jamais joué ensemble. Certains ont déjà joué dans une équipe, d’autres non. Il faut bien se rendre compte que la stratégie d’équipe est beaucoup plus complexe que la stratégie quand tu joues en solo sur le ladder de League of Legends et que tu es « matché » avec des joueurs différents à chaque partie. Donc en gros, franchement construire une stratégie d’équipe et une équipe cohérente, ça prend bien 3, 4, 5, 6 mois, donc en gros, ils sont là 10 mois. Nous, en fin d’année, l’année dernière on était top 4 français au Challenge France. Cette année, on va essayer de faire mieux. Mais c’est clair que de n’avoir que 8 ou 9 mois pour faire progresser 5 personnes ensembles, c’est court, par rapport à d’autres équipes professionnelles françaises. Après on a des avantages, des forces, par exemple la gaming house et l’équipement Asus qui est dernière génération, tu as la qualité du management, on a des avantages, mais ça reste court. C’est pour ça que le but… c’est même pas notre but premier d’être champion de France, le but, c’est que les joueurs aient un emploi à la fin de l’année. Si on est champion de France en fin d’année, je serai très content, mais je préfère qu’ils aient tous un emploi et qu’on soit 10e français, qu’à la fin de l’année on soit 1er français et en fait tout le monde est sur le carreau. Clairement à choisir, je préfère ça, donc voilà.

Enfin pour finir j’ai une petite dernière question, mais c’est un peu plus personnel. Est-ce qu’il y a quelque chose dont tu es spécialement fier dans la promotion précédente ?(40:02)
Je suis fier du projet. En fait, j’aime beaucoup ce projet parce qu’il est pérenne, il répond à un besoin sur la durée, je pense qu’il va durer, il est humain, il est positif pour l’écosystème français, il a une bonne pub. Pour moi, vraiment c’est le projet idéal. Il est financé par une très grosse marque, il est pérenne financièrement également. Je rappelle qu’il est gratuit, les candidats ne vont rien payer. En fait, c’est un projet très égalitaire et juste, on a des joueurs de tous les niveaux sociaux. Donc moi, je suis content que le projet soit bien passé cette année, parce que c’est un projet qui va durer plusieurs années et que, franchement, j’aurai plaisir à mener plusieurs années, donc voilà.

Franchement, je rebondis là-dessus, on peut réussir de manière humaine. Quand c’était pas très connu ce milieu-là, les gens avaient tendance à penser que les joueurs étaient des machines et que tu devais jouer quoi qu’il arrive. Là clairement, moi en tout cas, de par mes valeurs morales, ça me fait plaisir d’entendre ça.
Okay, bah merci.

Je te remercie beaucoup pour cette interview et je te souhaite une bonne chance pour la prochaine promotion qui va bientôt commencer, les qualifications vont commencer si je comprends bien.
Ouais, c’est ça.

Merci à toi!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *