Quand notre cerveau nous empêche de progresser en nous poussant à faire n’importe quoi dans les jeux vidéo

de | 22 septembre 2017

Dans l’article précédent, j’ai parlé d’un mécanisme dans notre cerveau qui nous pousse à nous récompenser immédiatement pour chaque bonne action que nous faisons. Notre but à long terme est souvent ambitieux et demande beaucoup de temps, alors que le cerveau lui, recherche des gratifications instantanées. Il n’est donc pas surprenant de constater que nos récompenses immédiates sont en contradiction avec notre objectif à long terme. En clair, notre cerveau sabote volontairement nos efforts dans le but de nous récompenser. Beaucoup de joueurs n’arrivent pas à estimer à quel point ce mécanisme est contre-productif. Ici, je veux vous montrer que ce mécanisme est très souvent la cause de toutes vos frustrations, de vos erreurs les plus grossières, et pire encore, elle peut vous induire en erreur en vous faisant croire que vous avez pris la bonne décision même si vous avez la preuve du contraire en face de vous.

Ici, je vais recenser toutes les choses stupides que mon expérience m’a permis de voir et vous faire comprendre que c’est bien votre cerveau qui est à l’œuvre dans ce genre d’action qui n’ont aucun sens. Que ce soit clair, ce n’est pas un acte réfléchi de la part des joueurs, ce n’est pas une analyse très poussée ou sophistiquée du joueur, c’est exactement l’opposé. Alors ne pensez pas pouvoir éviter ce piège en vous ressaisissant juste avant de faire l’erreur, le fait même d’être en train de commettre l’erreur vous a déjà mené à un point de non-retour. En ayant connaissance de cette liste d’actions possibles de la part de votre cerveau pour vous récompenser, vous pourrez reconnaître plus facilement quand le mécanisme est à l’œuvre et ne pas vous faire avoir la prochaine fois. Cela augmentera grandement vos chances d’atteindre vos objectifs les plus ambitieux pour une quantité d’efforts à fournir moindre. Vous ne tomberez plus aussi dans le piège de vous dire « je n’ai pas assez de volonté », « je ne mérite pas de… » et toutes autres déclarations fausses sur votre personne.

Quand les gens mélangent l’hypocrisie et le réflexe de se récompenser immédiatement

Jeu vidéo, Jeux vidéo, Assassin's Creed Unity

Jeu vidéo : Assassin’s Creed Unity. Si l’on prend un peu de recul, des gens qui en tuent d’autres pour en protéger d’autres. C’est une position à défendre qui devient rapidement intenable, voire hypocrite.

Ce que je m’apprête à vous décrire ici, la plupart des gens y voient les symptômes de l’hypocrisie, cela sera votre premier réflexe, je vous demande simplement de garder l’esprit ouvert, car ce que je m’apprête à vous décrire ici, est tout autre chose et nous en sommes tous victimes si nous ne faisons pas attention.

Premier cas : Quand le sexisme est finalement acceptable

Le premier cas que je vais vous décrire ici est le plus proche de l’hypocrisie, mais j’insiste, ce n’est pas le cas :

Les professeurs Benoît Monin et Dale Miller ont posé 4 questions à leurs étudiants, les étudiants devaient cocher des réponses du  type « Je suis tout à fait d’accord », « Je suis plutôt d’accord », « Je ne suis plutôt pas d’accord », « Je ne suis absolument pas d’accord ». Les deux premières questions étaient les suivantes :

« La plupart des femmes ne sont pas très intelligentes ». Répondez à la question. Imaginez une personne en face de vous qui aurait pris le choix opposé, que lui diriez-vous?
« La plupart des femmes sont plus aptes à rester à la maison et à s’occuper des enfants plutôt que de travailler ». Répondez à la question. Imaginez une personne en face de vous qui aurait pris le choix opposé, que lui diriez-vous?

Que répondriez-vous aux deux questions suivantes?

« Certaines femmes ne sont pas très intelligentes ».
« Certaines femmes sont plus aptes à rester à la maison et à s’occuper des enfants plutôt que de travailler ».

Avez-vous donné les mêmes réponses qu’aux deux premières?

Après avoir répondu à ces deux questions, il a été demandé aux étudiants de prendre une décision dans le cas d’une embauche pour un poste à haute responsabilité typiquement occupé par un homme, industrie automobile, la finance. Leur exercice était d’évaluer les capacités de certains candidats, hommes et femmes (compétences équivalentes), à occuper ce poste. On s’attendrait à ce que les résultats soient assez simples à deviner : les personnes qui auraient été les plus opposés aux précédentes déclarations seraient plus susceptibles de choisir autant une femme qu’un homme pour le poste (à compétence égale), alors que les personnes qui étaient plutôt d’accord auraient choisi plus d’hommes pour le poste. Or c’est exactement l’inverse qui s’est passé. Ces résultats ont choqué les chercheurs. Pendant très longtemps, les psychologues ont toujours estimé que les personnes qui avaient tendance à exprimer leur opinion de la manière la plus ostentatoire, avaient aussi tendance à agir selon leurs convictions. Après tout, qui aurait envie de passer pour un hypocrite?

Ils ont finalement trouvé une explication qu’ils ont pu reproduire à travers plusieurs contextes. Quand un choix entre le bien et le mal se pose, nous voulons juste prendre le choix qui nous fait nous sentir bien, puis quand c’est le cas, nous nous autorisons à faire absolument tout ce qui nous plaît. Les étudiants qui étaient opposés de la manière la plus virulente aux choix précédents avaient suffisamment montré qu’ils étaient de bonnes personnes pour eux-mêmes (et de manière publique), ce qui leur a fait baisser leur garde et ils ont alors suivi leur instinct le plus basique qui est de « naturellement » pencher vers « choisir un homme pour les postes à responsabilités ». Les étudiants ici étaient tellement fiers d’avoir rejeté les déclarations sexistes précédentes, qu’ils se sont autorisés à prendre une décision sexiste.

Dans les jeux vidéo :

Vous retrouvez exactement ce comportement dans les jeux vidéo. Il est même nettement plus amplifié. Car il y a une chose que l’humanité considère comme éthique, c’est le progrès. Or dans les jeux vidéo, le progrès et l’amélioration des performances sont omniprésents. Imaginez baigner en permanence dans un environnement qui vous dit que vous êtes bon, qui vous récompense en permanence que ce soit sous la forme de points, de médailles, de victoire, d’actions de la partie. Cela vous autorisera à faire des choses comme vous défouler sur vos équipiers ou des joueurs que vous ne connaissez même pas.

Le jour où vous avez accompli un exploit dans des jeux vidéo est souvent associé à un moment où vous vous êtes autorisé à aussi faire la plus grosse erreur de votre carrière sur les jeux vidéo en question. Vous avez appris qu’il fallait aider les autres joueurs? Après en avoir aidé quelques-uns, ce qui vous fera vous sentir bien, vous aurez envie de faire quelques parties « en mode crapule » juste parce que c’est drôle. Et encore là, je ne fais que citer des cas assez innocents, mais si des relations humaines sont sur la table, vous pouvez très rapidement décider que dénigrer votre équipier le plus mauvais est une très bonne chose à faire. Et le pire dans tout cela, c’est que vous ne verrez même pas où est le problème.

Deuxième cas : Quand une bonne action vous permet de vous déresponsabiliser, de ne plus vous sentir concerné quand on demande de faire une bonne action

Vous vous êtes déjà demandé pourquoi les stars qui font la promotion d’associations ou d’événements caritatifs donnent « si peu » alors qu’ils vous en parlent comme si la cause qu’ils défendent est leur raison de vivre? Oui, il y a un côté promotionnel bien sûr, oui il y a aussi de l’hypocrisie, mais pas seulement.

Certaines études ont été faites pour analyser comment les personnes choisissent le montant de leur don à une association. Les personnes qui se souviennent d’avoir fait un acte généreux (peu importe sa forme) avant de faire un don, donnent en moyenne 60% moins d’argent par rapport aux personnes qui ne se remémorent pas leur action passée avant de faire leur don. Il n’ y a alors rien d’étonnant alors qu’une star donne « peu » quand on lui dit en permanence que sa seule présence suffit.

Dans le monde du travail, on note aussi ce même comportement. Dans une simulation d’entreprise, les managers d’une usine ont moins tendance à prendre des actions qui coûtent très cher pour réduire la pollution s’ils se souviennent d’avoir agi de manière éthique sur une autre problématique. En clair, faire une bonne action, vous donne carte blanche pour ne plus en faire tout en vous sentant bien.

Dans les jeux vidéo :

Encore une fois, il en va de même dans les jeux vidéo. Vous verrez souvent dans les jeux vidéo massivement multijoueur des joueurs répondre qu’ils ne sont pas le problème ou qu’ils se déresponsabilisent totalement de la problématique. Par exemple, votre groupe vient de mourir sur un boss difficile, vous êtes sur ce boss depuis bien 2 semaines. Quand le capitaine demandera quelque chose comme « qui a oublié de faire X? On n’oublie jamais normalement, il s’est passé quoi? », s’il n’a pas de réponse satisfaisante, les gens vont commencer à se pointer du doigt. Et c’est là que vous verrez le phénomène à l’œuvre.

  • Les DPS diront, « attends, moi, c’est pas mon travail, le boss il faut le tomber et moi mon but c’est de faire un maximum de dégâts je ne peux pas tout faire »
  • Les soigneurs diront, « attends, moi, c’est pas mon travail, j’ai sauvé le tank déjà deux fois alors qu’il était sur le point de mourir, j’ai pas le temps de faire autre chose »
  • Les tanks diront, « attends, moi, j’ai vu que X et Y ont repris l’aggro, j’ai dû foncer pour éviter qu’on ne meure tous, alors je ne peux pas le faire non plus »

En gros, systématiquement, ils justifient leur « innocence » en soulignant le fait qu’ils étaient déjà en train de faire une bonne action. Ce comportement est un classique dans les jeux vidéo en équipe. Il y a une différence entre dire, « désolé j’étais occupé je ne pouvais pas le faire » et « c’est pas mon travail, je m’occupe déjà de ça ».

Conclusion :

Comme vous pouvez le voir, le comportement décrit ici est proche de l’hypocrisie, mais il n’en a que la forme. La mécanique, elle, est bien différente. Le raccourci que beaucoup de personnes prennent est de dire que tout le monde est hypocrite. Si c’était le cas, il serait infiniment simple de lutter contre cela, il suffirait d’agir selon ses opinions. Or ici, notre cerveau même arrive à nous convaincre que nous faisons la bonne action, là où un acte purement hypocrite implique que la personne a totalement conscience de l’être, c’est ici qu’est la différence. Et si vous pensez que vous n’êtes pas victime de ce phénomène, félicitations, vous êtes victime du phénomène.

Pourquoi je vous parle de ce phénomène? Car c’est la première mécanique qui vous empêche de progresser. Dans l’expression « un pas en avant, deux pas en arrière » voilà d’où viennent les « deux pas en arrière ».

Défi

A vous de jouer maintenant. Cet article n’est pas très concret, j’en ai conscience, c’est aussi pour cela que l’exercice sera un peu spécial. Vous allez noter les moments où vous dites des choses comme « c’est pas mon travail », « je ne peux pas le faire », « je suis déjà trop occupé », « je ne peux pas tout faire », « je vous ai sauvé déjà deux fois, alors je ne peux pas le faire ». Puis vous allez essayer de voir à chaud, si vous ne pouviez effectivement pas le faire. Ensuite, le lendemain après avoir dormi, reposez-vous la question. Il y a de grandes chances que vous ne cherchiez pas vraiment la solution vous permettant de faire ce que vous faites déjà et d’ajouter ce travail supplémentaire. Félicitations, vous venez d’avoir la preuve que ce mécanisme est bien plus puissant que de l’hypocrisie. Si vous arrivez toutefois à trouver une solution, préparez-vous pour la seconde vague du mécanisme « wow, j’ai réussi à trouver une solution concrète, j’ai réussi à vaincre le mécanisme dont il parle, j’ai le droit à une récompense maintenant! ». Bonne chance.

 

 

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