Ne pas brûler les étapes pour progresser dans les jeux vidéo

de | 20 décembre 2017

Dans cet article, j’aimerais parler d’une erreur fréquente que je vois chez les joueurs de jeux vidéo compétitifs qui veulent progresser. Cette erreur, c’est d’essayer tout de suite de faire « comme les pros » plutôt que de progresser à leur rythme et de se rapprocher lentement de ce que les pros font effectivement. Concrètement, vous verrez des joueurs « s’entraîner » pendant des heures pour n’obtenir absolument aucun résultat et vous les verrez continuer encore et encore jusqu’à ce qu’ils se lassent. Cela ne me dérangerait pas, si ce phénomène ne les occupait pas plus de 10 minutes. Le problème ici, c’est que j’ai rencontré de nombreux joueurs qui ont investi plusieurs dizaines, voire une centaine d’heures à essayer de faire quelque chose qui n’est tout simplement pas accessible pour eux. « S’entraîner » de cette façon créera chez vous une croyance qui est totalement fausse. Cette croyance, c’est de se dire que pour atteindre un objectif, il suffit d’aligner les heures, qu’il n’y a pas de prérequis et que n’importe qui, s’il enchaîne assez d’heures, peut faire n’importe quoi. Ici, vous ne vous entraînez pas du tout. Vous ne faites qu’enchaîner les heures en priant le seigneur qu’un jour un déclic se produira.

Dans n’importe quel autre domaine, si je vous demandais comment vous vous y prendriez pour atteindre un objectif ambitieux, vous me répondriez qu’il faut d’abord commencer doucement, qu’il faut augmenter la difficulté petite à petit afin d’atteindre vos objectifs. Les jeux vidéo souffrent du syndrome de l’expert que je vais détailler dans quelques instants. Ce syndrome fait que les joueurs de jeux vidéo pensent que tout leur est accessible sous prétexte que les jeux vidéo sont simples d’accès. Sauf que ce que font les pros, n’a absolument rien de facile d’accès. En prenant en compte ce phénomène, en comprenant son mécanisme, vous réaliserez que tous les joueurs de jeux vidéo qui essayent tout de suite de « faire comme les pros » ne font en réalité que perdre leur temps. Concrètement, vous pourrez vous construire un entraînement adapté à votre niveau et qui vous rapprochera sans cesse du niveau professionnel. Vous constaterez les premières améliorations dès les premières heures plutôt que d’attendre une centaine d’heures pour éventuellement voir une différence. J’accorde beaucoup d’importance à mon temps et il est hors de question pour moi de perdre une centaine d’heures à fournir des efforts qui ne m’apporteront absolument rien.

Le syndrome de l’expert dans les jeux vidéo, pourquoi il faut s’en méfier

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Jeu vidéo : Quake Champions. Les frag movies en mettent plein la vue sur les capacités des joueurs professionnels.

Le syndrome l’expert, c’est de se dire que parce que l’on a passé beaucoup d’heures sur un sujet, on est un expert. On croit tout savoir et surtout, mieux que les autres. Alors quand on fait quelque chose et que l’on n’a pas de résultats du tout, on se convainc que c’est normal, car nous sommes des experts et que l’on ne peut pas se tromper sur la méthode de progression. Alors, on va commencer à s’inventer des raisons bidons quand, de toute évidence, on n’est pas du tout des experts. Tout ce qui aura tendance à montrer de près ou de loin que nous sommes incompétents sera balayé d’un revers de main. Parmi les excuses bidons les plus connues, nous retrouvons (la première phrase est l’excuse bidon, le reste est une piste qui viendrait contredire les croyances issues du syndrome de l’expert) :

  • Pour progresser dans les jeux vidéo, il faut aligner les heures. Sauf que si vous passez votre temps à faire n’importe quoi, vous deviendrez juste un expert à faire n’importe quoi ;
  • Pour réussir à faire quelque chose, il suffit de le répéter jusqu’à ce que cela marche. Au bout de la centième fois que vous essayez et qu’il n’y a eu aucun changement… au bout d’un moment, vous devriez commencer à vous poser des questions sur vos compétences ;
  • Parce que les autres ont les mêmes difficultés que moi, il est normal que je ne progresse pas vite, voire pas du tout. Oui, ou alors vous vous y prenez tous mal. Quand on voit certains joueurs qui obtiennent les mêmes résultats que la majorité en appliquant une autre technique, on est en droit de questionner la méthode que vous utilisez (qui ne consiste qu’à aligner les heures) ;
  • Si d’autres joueurs progressent vite, c’est parce que génétiquement, ils sont programmés pour, ils ont des facilités. Cette excuse est ma préférée, comment essayer de masquer son incompétence en faisant appel à une pseudo-science ;
  • La différence entre un joueur professionnel et moi, c’est juste la mécanique. Ouais, juste cela, et le fait qu’il a réussi à peaufiner sa mécanique en progressant lentement. Il ne s’est pas arrêté de se remettre en question sous prétexte que c’était difficile, bien au contraire, il a corrigé sa façon de jouer encore et encore jusqu’à atteindre son niveau et il continue de le faire.

Comme vous pouvez le voir, les excuses bidons partagent toutes la même caractéristique, elles visent à protéger avant tout l’ego de l’expert qui sommeil en nous. Cela a de graves conséquences sur votre progression, mais aussi sur votre façon de penser, de réfléchir. Progresser, c’est avant tout sortir de sa zone de confort. Or, nous voyons ici que tout est fait pour que votre zone de confort soit en fait une prison. Mais parce que cette prison est très agréable, qu’elle vous rappelle en permanence à quel point où vous êtes fort, vous êtes beau, vous êtes un « véritable expert », vous n’avez pas envie d’en sortir. Parce que vous n’en sortez pas, vous jouerez exactement de la même façon pendant des semaines, des mois, voire des années.

Prenons maintenant le point de vue d’un débutant

Et si nous prenions le point de vue d’un débutant ? Si je vous disais que je voulais faire l’ascension de l’Everest dans deux ans alors que je n’ai aucune condition physique. Quels conseils me donneriez-vous ? Je ne sais pas quels conseils vous me donneriez précisément, mais si l’on reste général, je dirais que cela ressemble à cela : « commence par des petites randonnées, puis fait quelques petites montagnes, puis vise plus haut et dans des conditions climatiques similaires, pour enfin, un jour, arriver à l’Everest. Cela te prendra peut-être plus que deux ans, mais tu dois d’abord faire le plus simple avant d’essayer ce qui est le plus difficile ».

Voilà ici la pire conséquence du syndrome de l’expert. Le syndrome de l’expert vous fait perdre toute notion de réalité. En clair, votre méthode de progression est encore moins efficace qu’une méthode qui serait donnée par un débutant qui sortirait de nulle part. Et c’est là qu’est le problème le plus gênant. Si vous voulez progresser, vous devez adopter position qui sera susceptible de vous permettre d’apprendre. Le bénéfice de commencer simple et d’augmenter la difficulté au fur et à mesure est justement d’apprendre pendant toute l’aventure. Adopter le syndrome de l’expert, adopter sa méthode, c’est compter systématiquement sur un miracle pour progresser. Le syndrome de l’expert me conseillerait : « va directement à l’Everest, essaye de monter jusqu’à ce que ça marche », soit le conseil parfait pour finir mort au pied de l’Everest.

Une méthode simple et efficace, qui ressemble plus à une piqûre de rappel

J’aimerais ici vous proposer ma méthode pour apprendre à reproduire ce que font les joueurs professionnels. Car oui, cela est tout à fait possible, mais comme vous l’aurez compris, il ne faut pas brûler les étapes. La méthode consiste tout simplement à analyser le mouvement de ce joueur et de le décomposer un maximum. Je prendrai un exemple pour illustrer la méthode ici.

  1. Sélectionnez le mouvement que vous voulez reproduire. Chez les joueurs de jeux vidéo, ce sont généralement les jeux de tir à la première personne qui sont les plus impressionnants. Il y a plusieurs méthodes pour viser précisément une cible et la plus impressionnante reste le « flick shot », un mouvement sec, très rapide et très précis ;
  2. Décomposez le mouvement en question. Le flick shot a plusieurs composantes : précision, rapidité, prévision (des mouvements de la cible), être chaud (vous ne verrez personne faire des flick shots à froid, ou ces derniers seront bien en dessous de ses capacités), une sensibilité de la souris faible, une bonne connaissance du joueur du mouvement du curseur en fonction du mouvement de la souris, un tapis de souris adaptée, des mouvements adaptés du joueur (n’essayez pas de faire un flick shot, alors que votre poignée est bien ancrée dans le tapis de souris) ;
  3. Pour chacune des composantes que vous avez identifiées, vous réaliserez un exercice qui vous fera travailler chacun des points. Vous pouvez bien sûr en travailler plusieurs mêmes temps, mais seulement si cela vous demande un minimum d’effort. Par exemple, vous éviterez de travailler la précision et la rapidité en même temps. Vous éviterez de travailler la prévision et la rapidité. Par contre, vous pouvez très facilement travailler la connaissance de votre souris avec une bonne sensibilité (faible) et la précision. Idéalement, avant de travailler le flick shot, vous vous exercerez sur un type de tirs beaucoup plus simples : le tir sur cibles mobiles ;
  4. Ensuite, pour chaque exercice que vous avez créé, vous allez expliciter en quoi ces exercices vont vous aider à atteindre votre objectif. « Le tir sur cibles mobiles me permettra de travailler ma capacité à prévoir où ma cible va se diriger. Parce que la cible aura une vitesse constante, je pourrais déterminer avec précision à quelle position ma cible va être quand je vais déclencher le tir. Il ne me restera plus alors qu’à positionner le curseur de ma souris là où je pense que la cible va être et ici, je ferai jouer la précision et ma connaissance de ma souris » ;
  5. Si votre exercice intermédiaire est encore trop difficile, n’hésitez surtout pas à appliquer la méthode sur votre exercice intermédiaire afin de vous créer un entraînement plus simple à réaliser.
  6. Vous répéterez les étapes de la méthode afin de maîtriser toutes les composantes.

Cette méthode vous permettra de progresser bien plus rapidement et les progrès se compteront en jours plutôt qu’en semaine, en mois, voire en année pour certains joueurs qui essayent encore de brûler les étapes.

Défi

À vous de jouer maintenant ! Sélectionnez le mouvement du joueur professionnel que vous voulez reproduire. Laissez votre ego de côté pendant l’entraînement. Appliquez scrupuleusement la méthode. Chez les joueurs qui ont appliqué cette méthode, la première chose que je rencontre c’est de la résistance. Cette résistance vient tout droit du syndrome de l’expert, leur ego en prend plein la tête. Leur ego n’accepte tout simplement pas le fait de devoir faire des exercices plus simples pour faire quelque chose de complexe. Leur ego estime qu’ils sont suffisamment experts pour passer directement à l’étape finale. N’écoutez pas votre ego, votre ego c’est celui qui est responsable de votre absence de progression depuis des mois. Après cette phase de résistance, les joueurs décident enfin d’appliquer la méthode et progressent très rapidement.

 

 

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