Les boucs émissaires dans les jeux vidéo en équipe

de | 25 août 2017

Si vous êtes un joueur de jeux vidéo en équipe tels que CS:GO ou Overwatch, vous avez sans doute, à un moment donné, craqué et vous avez dû dire ou ne serait-ce que penser que la défaite était due à un joueur en particulier de votre équipe, voire même encore mieux, la faute de toute votre équipe sauf vous. Que cela soit sur les forums ou dans la partie en elle-même, ce comportement est très courant et pour être honnête, il empoisonne très rapidement l’équipe pendant la partie et dégrade par la même occasion l’ambiance générale du jeu. Une fois que vous êtes tombé dans ce piège, la partie est impossible à récupérer, vous voyez alors vos performances se dégrader fortement pendant que votre frustration, elle, augmente. Plus vous vous laisserez aller à ce phénomène et plus il sera fréquent, cela peut aller jusqu’à créer une habitude chez vous, au point où les jeux vidéo en question ne vous procurent plus du tout de plaisir.

Ici, j’aimerais établir la vérité sur ce phénomène et décrire pourquoi il existe. La marque d’un bon joueur est un joueur qui justement ne se laisse pas aller dans les moments difficiles et reste souder avec son équipe. Pour ne pas succomber, vous avez sûrement trouvé des guides sur le sujet. Ces guides, je les ai moi-même consultés et ils partagent tous la même erreur d’analyse, ils font l’hypothèse que ce comportement est dû à la mauvaise foi humaine des joueurs là où en fait, sa fondation n’est rien d’autre qu’une part de vérité. En vous donnant les raisons réelles qui expliquent ce comportement, vous comprendrez mieux pourquoi tant de joueurs désignent des boucs émissaires dans les moments difficiles et pourquoi, même entre amis, ce phénomène perdure.

Votre cerveau est une tête chercheuse!

Jeu vidéo : Worms WMD. Missile à tête chercheuse.

Je sais que ce que je vais vous dire est dur à croire et que cela ira à l’encontre de tout ce que vous avez lu ou de ce que vous penser sur le sujet, mais les joueurs qui ont tendance à chercher des coupables ne sont pas bien différents de ces joueurs plus « responsables ». Seulement, ils sont victimes d’un mécanisme naturel du cerveau et d’une très mauvaise question qu’ils se sont posée. En fait, le cerveau est une machine très performante pour trouver des solutions. Posez-lui n’importe quelle question, même si vous n’avez pas la réponse maintenant et votre cerveau se mettra en tâche de fond à la recherche de solutions pour vous, même s’il ne la trouvera que dans une semaine, dans un mois.

Vous connaissez sûrement le phénomène de déclic lorsque vous êtes confronté à un problème dont vous n’avez pas la solution. Le lendemain au réveil ou lors d’un événement qui n’a strictement rien à voir une semaine plus tard, BOOM, vous avez une révélation et vous êtes débloqué. C’est le même mécanisme à l’œuvre qui pousse certains joueurs à trouver un bouc émissaire. Lorsque la tension est au maximum pendant la partie (votre adversaire revient au score par exemple), le moindre échec déclenchera la question suivante « qu’est-ce qui ne va pas dans notre jeu? dans notre équipe? dans notre stratégie? ». Et là, le cerveau va se mettre à tourner à plein régime. A cause de la tension énorme, il va se mettre à tourner comme si sa vie en dépendait. Il ne faut pas oublier que le cerveau n’a pas évolué aussi vite que l’humanité. Il faut plusieurs milliers d’années pour que l’évolution fasse son œuvre, alors que l’évolution de notre société a littéralement explosé ne serait-ce que sur les cent dernières années. Le mécanisme du cerveau qui s’active lorsque nous nous sentons en difficulté lors d’une prise de parole en public ou lors d’une partie de jeux vidéo intense est le même que celui qui s’activait lorsque nos ancêtres étaient en danger de mort en chassant le mammouth. La réponse de notre cerveau est donc non seulement disproportionnée, mais surtout elle est inadaptée.

Un cocktail parfait pour un résultat que nous connaissons trop bien

Ajoutez à cela le manque de compétences du joueur de jeux vidéo moyen et vous obtiendrez en plus une analyse erronée de la situation. En effet, ce réflexe de rejeter la faute sur les autres est bien plus fort dans les niveaux les plus bas, tout simplement car les joueurs à ces niveaux ne savent pas jouer correctement aux jeux vidéo en question. Ils font alors avec les éléments qu’ils ont et le moins que l’on puisse dire, c’est que leur niveau de jeu est truffé d’erreurs. Toutefois, même les joueurs professionnels font des erreurs, même VOUS, vous faites des erreurs. Si vous en voulez la preuve, enregistrer une de vos parties. Que vous ayez gagné ou perdu, regardez la vidéo et essayez de voir le nombre de mauvaises décisions que vous avez prises. Si vous n’en trouvez aucune, c’est que vous manquez clairement de compétence. Si vous en avez trouvé, vous en avez sûrement trouvé des dizaines et cela pour une raison très simple : il existe un fossé entre ce que nous savons, ce que nous devrions faire et ce que nous faisons réellement.

Quand le joueur va se demander ce qui ne va pas dans le jeu de son équipe, le cerveau va passer en mode « tête chercheuse » afin de trouver des solutions. Il va alors faire remonter toutes les erreurs qu’il voit, il va venir accorder de l’importance à tout ce qui a un rapport avec une mauvaise action. En regardant l’enregistrement de votre partie, vous avez réussi à détecter des erreurs très facilement. Parce que vous n’êtes pas actuellement en train de vous regarder jouer pendant que vous jouez votre partie, vous allez alors commencer à observer vos équipiers. Je vous laisse estimer le nombre d’erreurs que vous allez détecter lorsque vous regardez vos équipiers jouer, ce nombre est directement proportionnel au nombre d’équipiers. Et là, vous avez le coupable idéal, celui qui fera la plus grosse bourde dans les 30 secondes deviendra le bouc émissaire.

Voilà d’où vient réellement ce phénomène, il n’a rien à voir avec le niveau des joueurs (ici, ce paramètre ne sert qu’à amplifier l’effet et non à le déclencher), rien à voir avec la personnalité des gens (avec un niveau de fatigue élevé, tout le monde craque), rien à voir avec la capacité à se remettre en question (c’est justement la remise en question qui vous a amenée dans cette situation). C’est tout simplement un fonctionnement réflexe de notre cerveau et tout le monde partage ce biais cognitif.

Pourquoi une réaction tellement violente de la part de certains joueurs?

Insultes, dénigrement, moqueries, voilà le quotidien de certains joueurs. Comment un réflexe peut-il conduire des joueurs à humilier un autre joueur sous prétexte qu’il ne joue pas assez bien? La réponse est aussi ici très simple et elle n’a encore une fois rien à voir avec ce que vous avez pu lire auparavant (= certains joueurs seraient toxiques, c’est leur personnalité qui veut cela).

A chaque fois que vous serez dans une position difficile, vous serez susceptible de tomber dans le piège. Si vous tombez effectivement dedans et de manière régulière, votre cerveau va finir par associer votre réaction à une situation tendue où vous êtes proche de l’échec. Petit à petit, ce piège qui n’était qu’un biais cognitif va devenir un réflexe à part entière. « Je suis en train de perdre, qui est le coupable? ». Si vous allez encore plus loin, que vous entretenez ce phénomène, votre réflexe va devenir un trait de caractère. En effet, il sera de plus en plus simple pour vous, pour votre cerveau de passer directement à la case bouc émissaire lorsque vous serez dans la même situation.

Parce que vous tombez dans le piège avec toujours plus de facilité, la violence avec laquelle vous allez réagir va elle aussi être amplifiée. Vous allez devenir ce que l’on appelle : un joueur toxique. Mais vous n’étiez pas un joueur toxique à la base, vous êtes devenu toxique, car c’est là que beaucoup de joueurs font erreur. Ils pensent que les joueurs toxiques ne sont que des traits de caractère que nous avons à la naissance, or, on ne naît pas joueur toxique, on le devient.

Une méthode simple et efficace afin de s’en débarrasser et cibler les véritables problèmes de l’équipe, mais aussi les vôtres

Que ce soit clair, ce n’est pas parce que vous avez compris les causes racines de ce problème que vous en êtes maintenant immunisé. Aussi, ce n’est pas parce que vous êtes un très bon joueur, que vous n’en serez pas victime dans les jeux vidéo en question. Si vous pensez être au-dessus de cela, attendez le moment où vous jouerez en étant très fatigué, vous succomberez vous-aussi à ce réflexe.

Il est bien sûr possible d’écraser ce biais cognitif, mais comme toute tentative qui vise à lutter contre votre instinct, cela va vous demander de la volonté. La volonté est une ressource comme une autre, c’est aussi pour cela qu’il est très difficile de ne pas pointer du doigt un membre de son équipe quand on décide de s’entraîner le soir (je vous laisse deviner votre niveau d’énergie et de volonté à 21h00 après une journée de travail).

La méthode est simple et elle consiste à déterminer concrètement les critères afin de juger si une action est mauvaise ou bonne. Concrètement veut dire que vous devez pouvoir décrire ce qui doit se passer dans votre partie dans le meilleur des cas, mais aussi les erreurs potentielles qui peuvent se glisser pendant la partie. Vous aurez besoin de ce niveau de précision afin que votre cerveau puisse reconnaître facilement les situations. En effet, n’oubliez pas que vous serez fatigué, vous devez donc minimiser l’effort à faire pour identifier vos erreurs ainsi que ceux de vos équipiers.

En clair, pour chaque situation, définissez le résultat concret que vous devez obtenir et la façon de l’obtenir. Puis, décrivez toutes les erreurs qui peuvent arriver et qui vous sont arrivées. Décrivez concrètement comment reconnaître ces erreurs et surtout comment les corriger. Puis, forcez-vous en permanence à appliquer vos propres conseils. Cela changera votre façon de jouer, vous pourrez aussi pointer du doigt précisément les erreurs de vos équipiers et les aider à s’améliorer plutôt que de seulement beugler sur le canal vocal tout en rejetant la faute sur tout le monde sauf vous.

Défi

A vous de jouer! Quelles sont les trois situations les plus fréquentes qui vous poussent à bout? Pour chacune de ces situations, listez les erreurs qui ont été commises et comment vous pouvez éviter que cela ne se reproduise. Puis, décrivez concrètement les résultats, actions que vous devez accomplir afin d’avoir une réaction optimale face à la situation. Enfin, forcez-vous à appliquer votre plan.

 

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