Le besoin de sécurité dans les jeux vidéo en équipe

de | 5 juillet 2017

« C’est la chose la plus stupide que j’ai jamais entendu! Sérieusement, t’as réfléchi deux minutes avant d’ouvrir la bouche? ». Cela est une remarque que j’ai eu le plaisir d’entendre il y a quelques semaines quand je jouais en équipe et que la tension était à son comble (et juste avant de perdre la partie). Malheureusement, ces remarques sont très courantes y compris dans le monde professionnel, j’ai déjà entendu une remarque similaire en réunion. Parfois, cette remarque est faite de manière plus ou moins subtile. Peu importe la manière, le but reste le même, rabaisser les autres pour se sentir plus intelligent, plus important. Que la personne qui dénigre les autres en ait conscience ou non, son but est de se sentir au-dessus des autres. Ce phénomène détruit littéralement vos chances de communiquer avec vos partenaires, d’obtenir quoi que ce soit de leur part, les personnes seront encore là physiquement, mais ils se sont déjà retirés de la conversation, voire de l’activité en question. Autrement dit, à partir de ce moment-là, le mal est fait, n’espérez pas revenir en arrière avec des « oh je ne voulais pas » ou des « ce n’est pas ce que je voulais dire ».

J’aimerais ici vous partager une connaissance fondamentale qui vous permettra de comprendre ce phénomène et de le dépasser. Vous pourrez alors à nouveau vous concentrer sur la résolution de vos problèmes afin de porter votre équipe vers un niveau plus élevé plutôt que de passer votre temps à résoudre des conflits qui n’auraient jamais dû exister. Vous pourrez créer un environnement propice à l’amélioration continue de votre équipe et détruire ce climat pesant où certains membres de votre équipe cherchent un bouc émissaire pour se protéger quand les choses tournent mal, quand votre équipe est en difficulté. Grâce aux éléments que je vais vous apporter ici, les membres de votre équipe se sentiront assez en sécurité pour aborder les thèmes qui fâchent de manière posée et réfléchie. Au lieu de chercher un coupable, ils chercheront des solutions, solutions qui seront raffinées par les membres de l’équipe et que vous n’aurez plus qu’à sélectionner et à intégrer dans votre jeu.

Le besoin de sécurité et le besoin d’importance

Pourquoi est-ce que les individus, notamment les joueurs de jeux vidéo, ressentent ce besoin oppressant de trouver un coupable autre qu’eux-mêmes lorsqu’une situation n’est pas en leur faveur? Ce sentiment est causé par la partie primitive de notre cerveau. Dans la théorie des besoins de Maslow, l’un des premiers besoins que l’être humain doit satisfaire est le besoin de sécurité. Chez nos ancêtres, si l’individu n’était pas en sécurité d’une manière ou d’une autre, c’était la mort. Dans le monde moderne, ce sentiment et ce mécanisme primitif ont perdu une grande partie de leurs sens et sont inadapté au contexte d’aujourd’hui. Le mécanisme de défense s’active face aux dangers et réagi aux sources de peurs infinies du monde moderne : présentation Powerpoint, payer ses impôts, mais aussi celui qui nous intéresse, quand vous perdez dans votre partie de jeux vidéo. Quand vous êtes au sein d’une équipe, ce mécanisme est amplifié, car ici il ne s’agit plus seulement d’assurer sa sécurité, mais de s’assurer aussi que vos équipiers ne pensent pas que vous avez joué un rôle dans la débâcle.

Pour éviter qu’un doigt ne pointe vers votre direction, vous allez activer un second mécanisme de votre cerveau qui vise à vous protéger. Vous allez faire en sorte que vos équipiers vous accordent plus d’importance que vous méritez. Premièrement, vous allez trouver un coupable. Deuxièmement, vous allez expliquer aux autres pourquoi il est coupable, même si la raison est des plus stupides : « c’est ta faute, parce que ton personnage ne sert à rien » alors que la débâcle était totale et était due à l’équipe en entier et pas à une seule personne. On pourrait croire qu’il peut se passer deux scénarios, l’un où vos équipiers lui disent que c’est faux et l’autre où vos équipiers confirment ce que le pointeur de doigt vient de dire. En réalité, le premier scénario est impossible. Devant un tel échec, si vous n’y prenez pas garde, votre cerveau (et celui de vos équipiers) vous fera obéir à vos plus bas instincts qui consistent à vous protéger aux dépens du bouc émissaire. Parce que peu de joueurs de jeux vidéo sont conscients de ce phénomène, vous ne constaterez que la seconde option qui consiste à confirmer la thèse du coupable parfait.

Jeu vidéo : Rome 2. Si vous voulez vous faire rabaisser par votre propre conseiller militaire, je vous conseille ce jeu.

Une méthode efficace pour dépasser cette réponse basique et primitive

Toutefois, même si cela est un réflexe de notre cerveau, il est possible de venir l’écraser, mais cela vous coûtera une quantité importante de volonté, surtout dans une situation d’échec. Le problème ici, c’est que si vous n’écrasez pas ce comportement au sein de votre équipe, cette erreur que vous avez produite sera condamnée à se reproduire, car rien n’aura été fait pour régler le problème. L’énergie de l’équipe a seulement été utilisée pour désigner un coupable. Je vais vous partager ici une méthode en 5 étapes, elle est loin d’être facile à appliquer, car elle repose beaucoup sur la volonté de vos équipiers à écraser, eux aussi, ce réflexe animal.

  1. Basez-vous uniquement sur les faits. Souvent quand nous repensons à ce qui s’est passé, nous interprétons les faits. Vous devez vous concentrer sur les faits et non les interprétations. Si quelqu’un vous fait un reproche, demandez-lui les faits. S’il n’est pas capable de le faire, son accusation est déjà très caduque.
  2. Racontez ensuite votre histoire, votre version des faits. Expliquez ici la situation de votre point de vue, en évitant de juger ou d’offenser et donc de susciter l’insécurité chez vos interlocuteurs.
  3. Demandez aux autres concernés de raconter leur histoire, encore une fois en évitant de juger et d’offenser.
  4. Parlez posément et surtout éviter de conclure maintenant. Au contraire, demandez plutôt des solutions en faisant participer tout le monde. Trop souvent je constate des joueurs conclurent directement après avoir énoncé le problème.
  5. Enfin, dites-vous que si vous avez commis cette erreur, c’est que vous devez travailler votre jeu d’équipe pour éviter que cela ne se reproduise. De ce fait, vous devrez faire des expérimentations de solutions pour voir celle qui fonctionne le mieux. Cela vous prendra plusieurs itérations pour raffiner la solution, alors soyez patient.

Défi

A vous de jouer maintenant. Dans les jeux d’équipe, le comportement que j’ai décris ici est présent dans presque toutes les équipes. Pour le reproduire, il vous suffit d’être en difficulté dans les parties. Appliquez la méthode pour dépasser ce réflexe et travaillez sur vos véritables problèmes plutôt que de désigner un coupable.

 

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