Comprendre la différence fondamentale entre la méthode et le but pour progresser dans les jeux vidéo

de | 3 janvier 2018

Si vous jouez à des jeux vidéo en ligne compétitifs, vous avez certainement entendu parler du « game sense ». C’est simplement votre capacité à lire dans le jeu de votre adversaire, mais aussi votre propre jeu afin de déterminer quelles sont les meilleures actions à entreprendre afin d’atteindre votre objectif, mais aussi de contrecarrer celui de votre adversaire. Le problème, c’est que personne ne vous dit comment travailler votre game sense. Alors rapidement, vous vous sentez perdu et vous n’avez pas l’impression que cela serve à grand-chose finalement. Développer son game sense est fondamental, sans cela votre compréhension de votre jeu vidéo se résume à l’enchaînement de touches, d’actions, d’astuces qui n’ont aucun lien les unes avec les autres. Croyez-le ou non, mais les joueurs qui sont dans le top 10 % jouent encore exactement de cette façon. En effet, le game sense ne se développe que très tard dans la compétition. Avant d’atteindre un certain niveau, tous les joueurs de jeux vidéo sont des automates. Vous pouvez le vérifier très facilement avec votre propre cas, pouvez-vous me donner la raison pour laquelle vous faites ce que vous faites à n’importe quel instant ? Votre réponse sera oui, mais je vous préviens tout de suite, vous n’en avez pas la moindre idée. En effet, vous faites la confusion entre la méthode et l’objectif. Ne vous inquiétez pas, comme je l’ai dit, vous n’êtes pas le seul.

Et pourtant, le game sense apporte des bénéfices incroyables. Il enrichit votre jeu dans toutes ses facettes et cela vous donne un avantage décisif sur votre adversaire. Parce que le game sense doit être construit, vous avez tout intérêt à le travailler dès le départ. En ayant conscience de votre façon de jouer, vos actions les plus basiques auront du sens plutôt que de n’être qu’un enchaînement de touches sur votre clavier ou sur votre manette. Vous comprendrez enfin pourquoi certaines de vos actions sont contre-productives dans votre façon de jouer, alors que chez votre adversaire elles correspondent exactement à ce qu’il doive faire. Vous ne tomberez plus dans l’incompréhension quand vous essayez de copier votre adversaire, mais que vous n’obtenez absolument pas le même résultat. Cela pour une raison très simple, votre façon de jouer est tout simplement incompatible avec l’action que vous essayez de copier. Sans une certaine capacité à lire le jeu de votre adversaire et à lire le vôtre, les analyses vous seront inaccessibles. En ayant toujours en tête un véritable objectif plutôt qu’une succession de méthodes à appliquer, vous pourrez prendre les bonnes décisions, celles qui vous permettent d’asseoir votre avantage plutôt que de partir dans tous les sens et d’appliquer des recettes au hasard. Ici, le game sense aura un effet multiplicateur sur votre puissance de feu. Parce que les actions que vous entreprendrez seront en alignement parfait avec votre façon de jouer, vous tirerez le maximum de bénéfice de la part de chacune de vos actions. Concrètement, cela engendrera un niveau de jeu bien supérieur et bien plus solide.

Pourquoi les joueurs de jeux vidéo sont-ils incapables d’expliquer pourquoi ce qu’ils font, marche ?

Jeu vidéo, jeux vidéo, CS:GO

Jeu vidéo : CS:GO. Mirage, mid. Le contrôle de la carte est un atout essentiel.

Cela vient avant tout de notre façon d’apprendre dans les jeux vidéo. Au départ, nous n’y connaissons pas grand-chose et les jeux vidéo ont cette facilité d’accès qui permet à n’importe qui d’apprendre en faisant. Alors, nous nous lançons directement dans une partie et nous essayons de faire du mieux que nous pouvons. Dans cette phase, rien n’a vraiment de sens, tout est une question de mécanique, de vitesse d’enchaînement. Dans les jeux vidéo, surtout les jeux vidéo en temps réel, la vitesse d’exécution est primordiale. Alors, il n’est absolument pas surprenant de constater que la première différence qui saute aux yeux entre un bon joueur et un jour lambda est la vitesse d’exécution, la rapidité de prise de décision. Parce que c’est la différence la plus visible, les joueurs ont tendance à croire que c’est la seule différence, que c’est la seule qui compte. Mais les différences vont bien au-delà, la vitesse d’exécution n’est que la partie émergée de l’iceberg. Je n’irai pas plus loin sur ce point, ce n’est pas l’objet de cet article.

Si nous prenons le point de vue d’un joueur qui est convaincu que la seule différence est la rapidité d’exécution, alors il va tout miser là-dessus. C’est d’ailleurs ce que font au moins 95 % des joueurs de jeux vidéo dans un jeu vidéo compétitif en ligne. Pour progresser, ce joueur est convaincu qu’il n’aura besoin que de copier ce que font les meilleurs joueurs, les copier et reproduire l’action le plus rapidement possible. Il est donc tout naturel que le joueur de jeu vidéo lambda ne développe aucune capacité à lire le jeu en lui-même. En effet, pour lui tout est une question de recettes, d’astuces et de méthodes.

Sauf que voilà, à partir d’un moment, tout le monde a à peu près la même mécanique. Et quand tout le monde a la même mécanique, il devient tout simplement impossible de faire la différence, de gagner ces matchs en se reposant uniquement sur la mécanique. Il est donc nettement plus intéressant de commencer à travailler des facettes du jeu que vous avez à peine effleurées. En effet, le moindre effort visant à travailler vos points faibles vous donnera immédiatement un avantage sur vos adversaires qui seront restés sur la mécanique pure.

Les questions types qu’un joueur se concentrant sur la mécanique pure se pose

Un joueur qui ne se concentre que sur la mécanique ne se posera que des questions simples, qui n’ont pas vraiment de sens ni de but. Imaginons que ce joueur soit perdu dans une ville qu’il ne connaisse pas, pour trouver son chemin, il vous demandera s’il doit aller à droite ou à gauche. Le joueur qui commence à construire son game sense vous demandera tout simplement le chemin pour se rendre à sa destination.

En clair, le joueur de jeux vidéo qui est concentré sur la mécanique, n’a absolument aucune vision sur ce qu’il fait. Il est donc absolument incapable de dire si ces actions sont correctes ou non. Exemple :

  • « quel héros dois-je prendre ? »
  • « quel héros mes adversaires vont-ils prendre ? »
  • « quelle arme dois-je acheter ? »
  • « quelles unités dois-je créer ? »

Les questions types qu’un joueur ayant construit son game sense se pose

Ici, le joueur cherchera le sens avant de chercher la méthode. Il posera d’abord le but, avant d’essayer de trouver l’outil. Plutôt que de se demander seulement comment faire, il se demandera tout d’abord quoi faire. Vous trouverez alors des questions de ce genre :

  • « j’ai besoin de mobilité sur cette carte, quel héros dois-je prendre ? »
  • « quelle est la stratégie de mon adversaire ? Et avec quels héros va-t-il essayer de la mettre en place ? »
  • « quel est mon rôle dans l’équipe ? quelle arme me permettra de faire mon travail au mieux et où est-ce que je devrais me placer ? »
  • « ma stratégie est de déborder mon adversaire en attaquant les flancs, je dois donc utiliser des unités rapides et mobiles. Quelles unités me permettront de réaliser au mieux ma stratégie ? »

La méthode C.E.O pour commencer à construire son game sense dès aujourd’hui

Le but ici n’est pas d’avoir la capacité d’analyse d’un joueur professionnel en une semaine. Je vais vous partager ici la méthode que j’enseigne aux joueurs que je coache et qui leur permet de commencer à construire leur game sense. Avant de vous poser des questions complexes, vous allez commencer par vous poser les questions les plus basiques. Par exemple sur CS:GO: « pourquoi acheter un fusil sniper plutôt qu’un fusil d’assaut ? ». Sur Overwatch, cela sera : « pourquoi choisir un héros plutôt qu’un autre ? ».

Mais pour y répondre, vous utiliserez la méthode C.E.O pour Caractéristique, Effets, Objectifs. Très souvent, chez les joueurs de jeux vidéo qui n’ont pas construit leur game sense, le critère « Objectifs » n’existe tout simplement pas. C’est-à-dire qu’ils connaissent les caractéristiques de l’outil qu’ils s’apprêtent à utiliser, ils connaissent ses effets et ont donc une idée de la façon dont l’outil doit être utilisé. Mais il ne se pose jamais la question de savoir pourquoi cet outil est le meilleur pour ce qu’ils s’apprêtent à faire, tout simplement, car ils ne se posent même pas la question de savoir ce qu’ils veulent faire.

Voyons un exemple :

  • CS : GO. Je décide d’acheter un fusil sniper, plus précisément l’AWP. Ces Caractéristiques sont qu’un chargeur contient 10 balles, une balle suffit pour tuer un joueur la plupart du temps et la cadence de tir est faible. Les Effets sont que si un joueur se place mal, je pourrais le punir instantanément. La marge d’erreur pour mes adversaires est alors très faible. Mon Objectif (1) est de contrôler le « middle », cela permettra à mon équipe de contrôler la carte (Objectif 2) et donc d’estimer de manière fiable les positions de l’équipe adverse (Objectif 3). Là où un joueur qui n’a aucun game sense, vous répondra qu’il a acheté l’AWP, parce que… « c’est trop fort (caractéristique), ça tue en un coup ! (effet) ».

Pour répondre à vos questions vous utiliserez donc la méthode C.E.O. Mais pour vous poser une question, vous utiliserez exactement l’inverse. Cela donne pour l’exemple précédent :

  • Objectifs : Connaître la position de mes adversaires lorsque je joue CT est primordial. Il faut donc que je prenne au maximum le contrôle de la carte. Cela me permettra d’estimer la position de mes adversaires et d’avoir le maximum de marge de manœuvre quand il faudra agir. Il existe certains endroits-clés sur la carte, je dois en prendre le contrôle le plus vite possible et le garder le plus longtemps possible.
  • Effets : Etant donné que je joue en défense, mes besoins en mobilité sont moindres qu’en attaque. Je pourrais donc me procurer les outils les plus mortels, même si ces derniers m’obligent à sacrifier de la mobilité. Le critère de choix déterminant ici est alors la puissance de feu et la capacité à punir mes adversaires le plus rapidement possible.
  • Caractéristiques : J’ai ici le choix entre un fusil d’assaut qui est des plus mortels à courte et moyenne distance et un fusil sniper qui me permettra de punir mes adversaires bien plus facilement et à toutes les distances. Cela me permet de diminuer les risques et donc de garder le plus longtemps possible les zones-clés de la carte. Je choisis donc le fusil sniper pour avoir le meilleur outil étant donné que je suis le joueur qui devra garder le « middle ».

Evidemment, vous ne vous poserez ces questions et vous ne vous creuserez la tête que de rares fois (généralement quand vous êtes face à un obstacle). Il ne s’agit pas ici de se reposer la question à chaque round, chaque jour. Il s’agit ici de répondre une fois pour toutes aux questions les plus importantes qui viendront par la suite guider vos choix et vous permettre de livrer votre meilleur jeu.

Défi

À vous de jouer maintenant ! Appliquer cette méthode, se poser les bonnes questions, tout cela viendra nourrir vos connaissances sur le jeu. Vous comprendrez concrètement que toutes les micros décisions que vous prenez ont un impact fort sur la partie. En vous posant de plus en plus de questions, votre capacité à lire le jeu de votre adversaire se développera et cela viendra nourrir votre propre jeu, vos propres stratégies.

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