Pourquoi les joueurs de jeux vidéo blâment-ils toujours leurs équipiers ?

de | 27 décembre 2017

Si vous jouez à des jeux vidéo compétitifs en équipe, vous êtes forcément tombé dans le piège que je vais décrire ici, vous tombez d’ailleurs peut-être encore dans celui-ci à chaque fois que vous lancez une partie. Ce piège, c’est de croire que tous vos équipiers ou du moins, une bonne partie d’entre eux, ne méritent tout simplement pas leur classement, ils ne méritent pas d’être à votre niveau. Pour vous, ils sont toujours mal placés, ils soignent toujours le mauvais équipier, ils tirent toujours sur la mauvaise cible et enfin, ils ne suivent jamais vos actions. En clair, pour vous, ce qui vous empêche de progresser, ce qui vous empêche de monter dans classement, c’est vos équipiers. Tomber dans ce piège aura pour conséquence de vous faire stagner et parce que vous êtes convaincu que c’est la faute des autres, vous resterez exactement là où vous êtes, aussi longtemps que nécessaire afin que vous compreniez que le problème vient avant tout de vous.

Dans cet article, je ne vais pas me contenter de vous taper sur la tête. Je veux vous expliquer pourquoi vous êtes arrivé à cette conclusion, pourquoi vous êtes convaincu que ce sont vos équipiers qui vous empêchent de progresser. En comprenant ce phénomène, en comprenant pourquoi il se manifeste et comment il se manifeste, vous comprendrez pourquoi autant de joueurs deviennent toxiques quand ils jouent à un jeu en équipe. Vous comprendrez que les remarques qu’ils vous font sur votre jeu et que vous trouvez injustes, ne sont en fait que les mêmes remarques que vous leur faites. Je vous préviens tout de suite, la réalité, la raison pour laquelle ce piège se produit ne va pas vous plaire, vous n’aurez pas le bon rôle dans cette histoire, vous n’aurez pas le rôle du « moi, sauveur, contre le reste de l’humanité ». Un bon joueur de jeux vidéo doit avoir le courage de regarder la réalité en face, accepter ce qu’il voit, prendre ses responsabilités et changer sa façon de faire s’il veut améliorer ses conditions.

Vous jouez tous sur la base de vos réflexes et vous ne réfléchissez qu’à certains moments-clés de la partie

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Jeu vidéo : League of Legends. Le jeu où tous les équipiers sont nuls selon certains joueurs.

La raison pour laquelle vos équipiers sont toujours en retard, pour laquelle ils ne vous suivent pas, c’est parce qu’ils jouent de la même façon que vous. C’est-à-dire qu’ils jouent en se basant uniquement sur leur réflexe. À aucun moment, ils ne se posent la question de savoir s’ils sont placés correctement, s’ils font leur travail correctement, ou s’ils remplissent de manière plus générale leur rôle dans l’équipe. Une partie des lecteurs de cet article ne comprendront pas que je faisais aussi implicitement allusion à leur façon de jouer dans la phrase précédente. Je tiens alors à le souligner, je fais aussi référence à votre façon de jouer même si vous êtes convaincu que votre façon de jouer est meilleure que celle de vos équipiers. Votre façon de jouer n’est absolument pas meilleure, elle est simplement égoïste. Vous ne pensez qu’à vous, si vous êtes dans une mauvaise posture, vous vous attendez à ce que vos coéquipiers viennent vous aider, mais de votre côté vous n’allez jamais à leur secours.

Les seuls moments où vous activez votre cerveau, c’est quand vous vous demandez quel personnage vous allez prendre. Sinon, le reste du temps, vous vous contenterez de vous en prendre vos équipiers que ce soit de manière directe en leur faisant savoir, ou de manière indirecte en le gardant pour vous.

« Je ne suis pas d’accord, je vois les fautes qu’ils font et je ne les fais pas, mon niveau de jeu est meilleur »

Ce que les joueurs que je coach me répondent souvent quand je leur fais cette remarque est que cela n’est pas vrai. Qu’ils ne jouent pas de manière égoïste, qu’ils en ont la preuve en me montrant les erreurs que leurs équipiers font. Avant d’aller plus loin, je tiens à souligner que c’est une très mauvaise façon réfléchir. Sous prétexte qu’ils ont peut-être raison sur un autre point qui n’a rien à voir, ils estiment avoir raison sur le reste. En l’occurrence ici, ils partent d’une constatation sur le niveau de jeu de leurs équipiers pour faire une conclusion sur leur niveau de jeu.

Mais ils n’ont pas tout à fait tort sur un point. En effet, leurs équipiers font bien évidemment des erreurs. Ces erreurs, elles leur sautent aux yeux tellement elles sont évidentes pour eux. La raison pour laquelle elles sont tellement évidentes, c’est la malédiction du savoir. Une fois que vous avez connaissance d’une chose, vous êtes maintenant dans l’incapacité de vous mettre à la place de quelqu’un qui n’a pas cette connaissance. Pour vous, cette connaissance est tellement évidente que votre cerveau fait l’hypothèse que le monde entier a les mêmes connaissances que vous. Alors quand vous verrez l’erreur se produire sous vos yeux, cela vous énervera grandement, cela vous fera « tilt ».

« Et ton niveau de jeu alors, tu penses que tu te débrouilles comment ? »

Par contre, quand je demande aux personnes que je coach comment elles trouvent leur niveau de jeu, la réponse est toujours la même : « moi, je me suis bien débrouillé, j’ai bien fait mon travail, j’ai soigné quand il fallait soigner, j’ai infligé des dégâts quand il fallait en infliger ». Quand je demande aux joueurs en question d’enregistrer une partie dont ils sont fiers pour me la montrer, afin que l’on y détecte des erreurs, ici encore, le résultat est toujours le même. D’abord, le joueur me dit qu’il était parfait dans cette partie, qu’il était au summum de sa performance, qu’il a peut-être, éventuellement, fait une erreur ou deux, mais qu’elles étaient minimes. Ensuite, je regarde la vidéo de mon côté pour l’analyser. Enfin, je partage avec lui les erreurs que j’ai trouvées dans sa partie, le constat est le suivant : il n’y a pas 30 secondes qui passent sans que je voie plusieurs erreurs se produire sous mes yeux. C’est-à-dire que son jeu si parfait à ses yeux, est pour moi bourré d’erreurs. Et le plus beau dans tout cela, c’est que même quand je dis à la personne que je coach qu’il y a une erreur au moment où j’ai mis la vidéo en pause, elle est incapable de la trouver.

Tout cela pour vous dire la chose suivante, votre cerveau est extrêmement doué pour détecter les erreurs des autres, les erreurs qu’il connaît déjà. Par contre, vous êtes tout simplement incapable de détecter vos propres erreurs. En effet, si vous pouviez le faire, il y a longtemps que vous les auriez corrigées.

Une conséquence gravissime sur vos chances de vous améliorer

Si vous continuez à jouer et à penser de cette façon, si vous continuez à tout mettre sur le dos de vos équipiers, vous arriverez à un point où vous ne pouvez tout simplement plus vous remettre en question. Vous aurez créé la conviction que vous êtes parfait par rapport niveau où vous êtes, vous aurez la conviction que vous méritez mieux et que ce sont vos équipiers qui vous empêchent de monter dans le classement. J’entends très souvent des remarques comme « je suis platine, mais en réalité je suis au moins dans la ligue maître ». Ce genre de remarques traduit chez vous une mentalité qui vous empêchera de progresser. À la seconde où vous pensez de cette façon, vous n’avez plus aucune chance de vous améliorer.

Une méthode simple et efficace afin de commencer à construire le doute en vous, mais surtout pour vous rendre compte que vous avez des limites et que vos équipiers n’ont rien à voir avec votre manque de progression

Vous l’aurez compris ici, vos ennemis sont la malédiction de la connaissance et l’excès de confiance qui a résulté de cette malédiction. La méthode se compose alors en deux étapes : il faudra tout d’abord neutraliser cet automatisme qui vous pousse à vous en prendre à vos équipiers quand vous voyez une erreur chez eux, ensuite il faudra vous mettre dans une position où vous serez susceptible de détecter vos erreurs et surtout, de trouver des pistes de corrections.

  1. Vous n’aurez plus le droit de vous en prendre à vos équipiers. Peu importe ce qu’ils font, peu importe s’ils décident de carrément faire n’importe quoi. Au lieu de critiquer les autres, observez ce que VOUS pouvez faire pour les protéger au mieux, pour les « servir » au mieux. Si l’équipe manque de team play, vous assurerez le rôle de « shot caller ». Vous guiderez votre équipe à travers le champ de bataille. S’ils ne veulent pas écouter, tant pis pour eux, vous n’insisterez pas plus. Cela pour une raison très simple, vous n’avez absolument aucun contrôle sur vos équipiers. Au mieux, vous pouvez les influencer, mais jamais vous ne pourrez les contrôler ;
  2. Chaque fois que vous mourrez, que vous perdrez un team fight, vous vous demanderez ce que vous auriez pu faire de plus. Vous demanderez ce que vous auriez pu faire différemment. Demandez-vous si les attitudes de votre personnage ont été utilisées de la façon la plus efficace possible. Demandez-vous si vous étiez placé correctement pour tirer le meilleur de vos aptitudes, le meilleur de votre rôle. Je vais vous donner un indice, la réponse sera toujours oui, mais cela ne sera pas simple à trouver pour vous. Car, comme nous l’avons dit précédemment, vous êtes très mauvais pour détecter vos propres erreurs. Alors il ne faudra surtout pas se décourager quand vous ne trouverez pas de réponse, bien au contraire vous devez continuer à creuser ;
  3. Enfin, un troisième point à respecter. Si vous avez l’impression de mal jouer en appliquant la méthode, que cela est désagréable, que cela est difficile, félicitations, vous êtes en train de vous entraîner, vous êtes en train de progresser. Les joueurs de jeux vidéo ont tendance à croire que la progression n’est qu’un long fleuve tranquille, où il fait toujours beau et où les oiseaux chantent. C’est totalement l’opposé. Alors si vous avez cette sensation désagréable, surtout ne vous arrêtez pas, vous êtes sur la bonne voie

Il faudra appliquer la méthode plusieurs fois. En effet, ici vous essayez de vous débarrasser d’une habitude que vous avez construite pendant des semaines, des mois, voire même des années. Ne pensez pas qu’il faudra utiliser la méthode une ou deux fois pour vous débarrasser de ces habitudes. En effet, je vous ai donné ici une méthode, pas une baguette magique.

Défi

A vous de jouer maintenant ! Ce défi est loin d’être simple, car il s’attaque à un comportement que vous est construit depuis très longtemps. Ce comportement, parce que vous le retrouvez chez la majorité des joueurs de jeux vidéo, vous le considérez comme normal. Mais être dans la norme n’a jamais signifié être dans le vrai. D’ailleurs la norme, c’est de stagner au même niveau pendant des mois avant de progresser. Si vous voulez progresser, il faut vous attaquer tout de suite à vos limites et ne surtout pas les accepter.

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