Les 7 erreurs à ne pas commettre pour éviter de partir en guerre contre ses équipiers

de | 16 septembre 2017

Dans tous les jeux en équipe, je fais le même constat : aucune équipe stable n’arrive à gérer les conflits entre membres. Que ce soit dans les équipes amateurs ou semi-pros, le problème reste entier. Dans les équipes professionnelles, les joueurs sont accompagnés par des personnes qui doivent gérer les conflits à leur place ou du moins faciliter la résolution de ces derniers. Très souvent, la discussion finit en bataille rangée et un joueur demande alors aux autres une question du genre « alors, vous en pensez quoi? Qui a raison? » autrement dit : « de quel côté êtes-vous? ». Aucune réponse qui sort de ce contexte ne sera acceptée par les deux personnes (ou plus) qui se disputent, n’essayez même pas de redéfinir le problème, rien d’autre ne les intéresse à ce moment. La fuite n’est pas non plus une option. Certaines équipes vantent leur bonne ambiance, mais quand l’ombre d’un conflit se montre, ils cachent tous les problèmes sous un tapis, jusqu’au moment où ce tapis n’est plus assez grand et que leurs problèmes leur explosent à la figure. Les conséquences sur les performances sont désastreuses, vos équipiers n’osent plus parler des problèmes en jeu et cela empêche tout simplement votre progression. L’ambiance se dégrade par la suite, et les joueurs perdent leur sang-froid de plus en plus rapidement. Si personne n’intervient, c’est l’autodestruction de l’équipe.

Dans cet article, j’aimerais vous faire comprendre que dans une équipe, les conflits sont inévitables. Une équipe par définition est formée par des individus différents, ils ont donc des besoins différents, une vision différente sur de nombreux sujets, vision qui peut être en contradiction directe avec les valeurs d’une autre personne. Mais ce que vous devez savoir avant tout, c’est que les conflits sont donc normaux. Par contre, ce qui n’est pas normal, c’est de penser que les conflits doivent être exceptionnels, qu’il faille les éviter à tout prix. Autrement dit, avoir une vision bisounours de la vie dans une équipe, la vie dans une communauté. Ici, je vous parlerai des 7 erreurs que je note systématiquement chez les personnes en conflit et je vous montrerai comment les éviter. Surtout, je vous montrerai aussi comment vous pouvez dépasser le conflit et vous en servir comme un tremplin pour progresser. En apprenant à faire cela, vous n’aurez plus peur des conflits, bien au contraire, vous les considérerez comme des expressions d’un malaise au sein de l’équipe qui sont enfin sortis et dont il faut s’occuper rapidement.

Pourquoi y’a-t-il autant de conflits chez les joueurs de jeux vidéo en équipe?

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Jeu vidéo : Total War Shogun 2, Déclaration de guerre.

Ce manque cruel dans la gestion de conflits est très fort chez les joueurs de jeux vidéo. En effet, il y a un conflit permanent entre aptitude personnelle et aptitude de l’équipe. Très souvent, les équipes se construisent plus par affinité que par la performance, ce qui crée un déséquilibre plus ou moins important chez les joueurs de l’équipe. Or pour progresser, la demande de performance est très forte. On attend donc des joueurs qu’ils fournissent le meilleur d’eux-mêmes tout le temps. Cela crée alors un climat propice au contrôle et à la suspicion. Les meilleurs se sentiront ralentis alors qu’ils essayent de porter leur équipe, et les moins bons se sentiront rabaisser alors qu’ils font ce qu’ils peuvent pour s’améliorer. Cette situation sera un terreau fertile pour les conflits, qui, s’ils ne sont pas gérés, pourront se transformer en véritable guerre.

Pour éviter d’en arriver là, je vais vous présenter ici les 7 erreurs que je constate chez les joueurs en conflit. Je vous expliquerai pourquoi ces erreurs se produisent et comment adopter une attitude bien plus constructive. A travers ces explications, vous réaliserez que ce n’est pas la personne qui est fautive (elle ne manque pas d’ambition, de vision, de patience ou autres mauvaises explications que l’on peut entendre), elle est tout simplement fatiguée et la fatigue influe énormément sur notre comportement. Bien sûr, la fatigue n’excuse pas tout et c’est aussi pour cela que je vous apporterai en plus une méthode afin d’éviter cette fatigue, ces automatismes qui nous poussent à envenimer la situation plutôt qu’à construire ensemble.

1 – Penser que nous avons raison et que l’autre a forcément tort

C’est généralement le moteur de tout conflit. Pour qu’il y ait un conflit ouvert et que des joueurs se disputent, il faut que la dose de souffrance soit assez élevée pour pousser au moins un joueur à dire publiquement qu’il en a assez. Assez des bêtises de l’autre, assez des mauvaises décisions. On pourrait croire que cela est plutôt sain, que la personne en question va commencer à pointer les erreurs de l’autre. Or c’est totalement faux. Généralement, dans ces moments, le joueur cherche un coupable, il cherche un méchant alors que selon lui, il est le gentil. Il cherche une personne en tort, car lui a raison.

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Jeu vidéo : Command & Conquer, Red Alert. Bataille opposant les alliés (en bleu) contre les méchants soviétiques.

D’où vient ce réflexe de vouloir avoir raison? La principale différence entre l’homme et l’animal, c’est notre capacité à faire des compromis. Dans la nature, vous ne verrez jamais un prédateur faire un compromis avec une proie ou un prédateur faire un compromis avec un prédateur d’une autre race. S’il ne peut pas manger sa proie en entier, il la cachera quelque part. Dans un état de fatigue mentale, le cerveau déconnecte les sous-systèmes du cerveau qui ne sont pas indispensables. Sans surprise, notre partie du cerveau qui nous permet d’analyser la situation, de faire des compromis, est déconnectée en premier pour ne laisser place qu’à la partie primitive de notre cerveau (héritage de nos ancêtres préhistorique). Cette partie primitive ne considère pas les mots comme des idées, mais des agressions potentielles. « Est-ce que ce qu’il me dit est une agression ou non? » Je vais vous aider, pour vous dans ces moments-là, la réponse est oui. Et vous allez donc répondre en agressant votre interlocuteur à votre tour.

Pour trouver une solution, pour construire quelque chose ensemble, il faut que vous fassiez tout votre possible pour taire ce réflexe et que vous adoptiez une position qui vous permettra d’être à l’écoute. Nous y reviendrons à la fin de cet article, lors de la présentation de ma méthode.

2 – Penser que l’opinion de l’autre n’a aucun intérêt, car nous détenons LA vérité

Dans ce mode de réflexion primitif, la complexité du monde est inaccessible. Pour vous, les choses sont soit blanches, soit noires. Vous ne parvenez plus à faire une analyse détaillée de la situation. Qui n’a jamais regretté ce qu’il a dit pendant une dispute? Ou dit quelque chose comme : « mais c’est ça que j’aurais dû dire! ». Oui, même vous, vous remarquez que votre cerveau n’était pas très efficace à ce moment-là.

Cela pour une raison très simple, dans la dispute, l’opinion de l’autre n’a aucun intérêt, car vous êtes persuadé d’avoir raison. Et parce que vous avez raison, toutes les raisons, même les plus stupides qui appuient votre opinion sont bonnes à prendre. Tout ce qui va à l’encontre de votre point de vue est balayé par votre cerveau. D’ailleurs, vous ne parvenez plus à faire de distinction entre la personne que vous avez en face de vous et ses idées.

Arrivé à ce stade, je vous laisse imaginer le peu de chances que vous avez à rétablir une situation saine pour les deux parties.

3 – Ne pas écouter l’autre, concrètement vous vous préparez déjà à dire « mais » alors que la personne n’est même pas à la moitié de sa phrase

Autre marqueur fort d’une impasse, quand vous parlerez, vous vous assurerez de toujours finir vos phrases. Vous élèverez la voix, menacerez la personne avec votre langage non verbal si elle était en face de vous et surtout vous lui couperez la parole. J’espère qu’avec le comportement que je décris ici, vous avez bien compris que la personne que vous êtes et la personne qui est fatiguée mentalement sont deux personnes totalement différentes.

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Jeu vidéo : Bioshock Infinite. Rencontre avec Elizabeth.

C’est extrêmement simple, pendant cette « conversation », observez votre réaction quand la personne avec laquelle vous vous disputez se met à parler. Instinctivement, vous vous mettez en retrait et vous penserez dans votre tête : « j’en ai marre de tes conneries », « pfff c’est long quand il parle », et surtout, vous préparerez déjà votre réplique. Le premier mot qui va sortir de votre bouche est « mais », cela sera votre unique mode de communication : l’opposition permanente.

4 – Il n’y a pas de problème, c’est dans ta tête, grandis un peu quoi…

Conséquence de ne pas l’écouter, de n’accorder aucune importance à son opinion : tout ce que la personne ressent, interprète, mais aussi ses blessures, ne seront pour vous qu’imaginaires. Et croyez-moi, il n’y a rien de pire que cela. D’avoir ses sentiments, ses blessures, réduits à l’état de fantasme. Ici, c’est la forme la plus élevée du mépris.

Et le plus « drôle » dans tout cela? C’est que si vous êtes cette personne qui balaye d’un revers de main l’opinion, les sentiments de l’autre, pour vous, cela est totalement justifié. Parce que vous, vous êtes dans le vrai! Vous vous concentrez ce que est important! Ce que vous faites, c’est bien! Ce que vous dites, c’est vrai! (Rien de plus faux)

Mauvaise nouvelle pour vous, dans un conflit, c’est l’humain qui est important. Peu importe ce que vous faites, dites, pensez. Ne pas prendre en compte l’autre ne fera pas avancer les choses, bien au contraire. Ne vous étonnez alors pas que la personne en face de vous ne puisse pas délivrer son meilleur jeu, son meilleur comportement si elle ne se sent même pas valoriser par les membres de SA PROPRE EQUIPE et cela chaque jour.

5 – Seuls les faits comptent, pas les sentiments, ni les interprétations

Dans ces moments-là, pour la personne qui a « le plus raison » (j’espère que vous avez compris maintenant, que cela n’apporte rien, bien au contraire), seuls les faits comptent. S’il vous venait à l’esprit de finalement accepter que peut-être, éventuellement, il est possible, que la personne en face de vous éprouve des sentiments et a une interprétation des événements différente de la vôtre, vous allez dire quelque chose comme « oui, mais tout ça ce n’est pas important, ce qui compte, c’est les faits et moi je ne parle que des faits! ».

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Jeu vidéo : Bioshock 1, Big Daddy. Vous ne voulez que sauver la petite fille alors que le « robot » essaye, lui aussi, de la protéger au mieux. Le même fait peut avoir différentes interprétations.

Or, presque aucun conflit humain ne repose sur des faits. Vous êtes humain, les sentiments font partie de vous. Vous ne pouvez pas simplement mettre un scotch dessus et vous dire que vous allez vous comporter comme une machine, tout simplement car vous n’êtes pas une machine (révélation!).

En adoptant cette position de machine à performance, vous ne faites rien d’autre que nourrir le conflit. Peu importe votre but, le résultat le plus concret est que vous entretenez une ambiance misérable pour tout le monde.

6 – Sauf pour la personne qui en parle le plus

Si vous faites attention, vous remarquerez toutefois que les personnes qui disent que « seuls les faits comptent », sont les premiers à interpréter leurs propres actions. En effet, avec une affirmation de ce genre, on pourrait s’attendre à ce que la personne ne parle que de faits quand elle décrit son propre comportement. Or c’est exactement l’inverse.

Je tiens à le repréciser encore une fois, la personne qui est fatiguée et qui se dispute n’a rien à voir avec la personne qui est reposée et prête à passer à l’action. Surtout ne jugez pas les personnes quand elles sont fatiguées, non seulement cela ne sert à rien, mais en plus vous vous faites une mauvaise image de la personne.

Concrètement, chaque action concrète qu’elle va décrire sera accompagnée d’une interprétation, et le pire dans tout cela, c’est que la personne ne s’en rend même pas compte.

7 – S’il a un problème avec moi, il n’a qu’à m’en parler

Ici, c’est typiquement l’erreur du type « cerise sur le gâteau ». En effet, la personne ne réalise pas que dans la dispute, elle a fait toutes les erreurs possibles et imaginables pour fermer le dialogue avec son interlocuteur :

  • Aucune prise en compte de son point de vue
  • Aucune prise en compte de ses interprétations des événements
  • Aucune place aux sentiments de son interlocuteur
  • Vérité unique, la sienne
  • Son discours n’a pas de sens ou n’est tout simplement pas aligné avec ses actions

Vous l’aurez compris, les personnes qui se disputent ont un raisonnement très fragile et cela est normal. Je le répète, la partie du cerveau qui s’occupe de l’analyse est éteinte pour laisser place à notre côté primitif.

Alors dernière erreur qui pour votre interlocuteur sera la forme ultime du manque de respect : lui dire que c’est elle le problème. C’est elle, car elle n’est pas venue vous en parler alors que c’est exactement ce qu’elle fait et que vous la rejetez d’emblée.

 

Comment désamorcer le conflit alors? Une méthode en 10 étapes

Ici, vous devez prendre les devants, la personne en face de vous n’a pas conscience que sa façon de gérer le conflit est tout sauf constructive. Si vous lisez cet article, vous le savez maintenant, ce réflexe que nous avons ne mène à rien d’autre que plus de conflit.

Donc ici, au lieu de parler, vous allez écouter, mais pas n’importe comment. Vous allez écouter la personne en face en suivant une méthode bien précise. Cette méthode, je vous la partage aujourd’hui. Elle m’a permis de désamorcer un nombre incalculable de conflits, de construire à partir de ces conflits qui je le répète, sont des choses normales. Un conflit n’est pas à éviter, bien au contraire, c’est un véritable tremplin vers l’amélioration. C’est la guerre qu’il faut éviter, car la guerre est un point de non-retour.

Voici la méthode :

  1. Vous allez écouter la personne en relevant tous les faits, sentiments, interprétations qu’elle vous livre. En aucun cas, vous ne devez répondre quoi que ce soit. En aucun cas, vous ne devez préparer votre réponse, vous ne devez pas préparer votre « mais ».
  2. Une fois que la personne a fini, vous allez reformuler ce qu’elle vient de dire en faisant attention à bien retranscrire tous les faits, sentiments et interprétations.
  3. Vous allez lui demander sa confirmation que vous avez bien compris et retranscris son message. « Est-ce que ce que je dis correspond à ce que tu m’as dit? »
  4. Vous allez… Refaire les trois étapes précédentes jusqu’à ce que la personne ait fini de parler, qu’elle vous a tout livré.
  5. Puis cela sera à votre tour, vous allez lui livrer vos faits, vos interprétations, vos sentiments, mais pas tout à la fois. Rappelez-vous que la personne face à vous, ne sait pas qu’elle doit faire attention à ces éléments. Alors ne livrez les choses que deux par deux voire trois par trois si cela est assez simple à retenir.
  6. Puis vous allez lui demander de reformuler ce que vous venez de dire. 9 fois sur 10, la personne va rajouter sa propre interprétation de ce que vous venez de dire et pas ce que vous avez dit. A ce moment-là, il est de votre devoir de reprendre à la personne (SANS VOUS ENERVER) et lui réexpliquer ce que vous vouliez dire. Surtout, ne prenez pas les mêmes mots que précédemment. Expliquez-lui les choses différemment.
  7. Redemandez à la personne de reformuler les choses que vous venez de lui partager. Répétez le point 6 autant de fois que nécessaire. Ici, vous ne pourrez pas revenir sur tous les points qui ont créé la dispute, je vous conseille de ne parler que de trois points. Il vaut mieux repartir avec quelques victoires, que d’être trop gourmand et tout perdre.
  8. Donnez-lui ensuite votre confirmation qu’il a bien compris ce que vous venez de dire.
  9. Ensuite deux solutions, soit vous PROPOSEZ (je te propose de… et non pas, on va faire…) une solution, soit vous trouvez une solution ensemble. Exception, si la personne est du type à aimer tout contrôler, donnez-lui carte blanche pour trouver une solution.
  10. Une fois que la solution est décidée, elle n’est pas finale. Par exemple, si vous voyez que la solution mérite d’être améliorée, faites-en part avec votre interlocuteur. Vous retravaillerez la solution autant de fois que nécessaire jusqu’à ce que votre niveau de satisfaction soit atteint. Je le répète, pas besoin de chercher la solution parfaite, il faut trouver une solution intéressante pour vous deux, tant pis s’il reste encore un détail à gérer.

Défi

A vous de jouer maintenant! Lors du prochain conflit avec un équipier, utilisez la méthode. Je ne vous garantis pas son succès, si cela était garanti, cela s’appellerait de la manipulation. Je ne vous garantis pas que vous allez réussir à appliquer la méthode parfaitement la première fois, mais je peux vous assurer que le peu de résultat que vous obtiendrez la première fois sera mille fois plus enrichissant que la méthode primitive de la résolution de conflit.

 

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